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	<title>Propositions/spéculations</title>
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		<title>Le souffle vital de la substance grise</title>
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		<pubDate>Thu, 16 Feb 2012 21:45:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Enlarge your Pleasure Zone]]></category>
		<category><![CDATA[Paris - parc d'attractions]]></category>
		<category><![CDATA[Theme Park Cities]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2012/02/qi/"/><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/qi.jpg"></a>

Cet article propose de comprendre le zoo de Vincennes de Charles Letrosne comme un environnement métaphysique.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2012/02/qi/"/>>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><em>Cet article est paru (en anglais, espagnol et catalan) dans le numéro 263 de la revue <a href="http://quaderns.coac.net/" target="_blank">Quaderns</a>.</em></p>
<p><a href="http://quaderns.coac.net/" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/quaderns.jpg"></a></p>
<p>L’oubli des fausses montagnes dans les différentes histoires de l’architecture est troublant. Même Ulrich Conrads n’en mentionne pas une seule dans son <em>Phantastische Architektur</em>. J&#8217;ai esquissé <a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2009/09/fausses-montagnes/">ailleurs</a> une tentative pour combler ce manque<A NAME="1r"> </a><A HREF="#1">(1)</a>.</p>
<p>Je m’arrêterai ici sur un moment essentiel de cette histoire, où un lointain héritier du <em>qì</em> (souffle vital) des montagnes chinoises se transmute en <em>grey goo</em> (substance grise). Cette singulière opération se produit entre les otaries, les éléphants et les singes, au zoo de Vincennes, construit en 1934 par Charles Letrosne à Paris. Cet article propose de le comprendre comme un environnement métaphysique.</p>
<p>En pensant créer un zoo, Charles Letrosne a matérialisé involontairement une expression architecturale extrêmement aboutie de la relation homme/nature/artifice au 20e siècle, un milieu intégral qui incarne la continuité du vivant, du minéral et du chimique, dans une forme unique et homogène. La montagne artificielle en est l’élément exclusif : une prolifération de rochers annihile sur son passage toute autre forme construite.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/1.jpg"><br />
<em>Les jardins du Yuánmíng Yuán (« jardin de la clarté parfaite »), riches en montagnes artificielles. Ancien palais d&#8217;été impérial, situé à 8 km au nord de la Cité interdite de Beijing, il fut détruit en 1860 par les troupes britanniques et françaises, lors des guerres de l’opium.</em></p>
<p><strong>Qì</strong></p>
<p>La montagne est au fondement même de l’espace pour les Chinois, car c’est d’elle que provient le Souffle Vital ou <em>qì</em>, principe essentiel qui circule en toutes choses, qu’elles soient inanimées ou vivantes. </p>
<p>De nombreux peuples ont construit des tumulus ou des pyramides dans un but cosmique, mais quel autre peuple, avant les Chinois, a construit des montagnes artificielles en forme de montagne? S’ils préfèrent les montagnes naturalistes à leurs dérivés symboliques, c’est que celles-ci «ne doivent pas être prises pour de simples termes de comparaison ou de métaphores, elles incarnent physiquement les lois fondamentales de l&#8217;Univers qui se montrent à nous. » (Stéphanie Boufflet<A NAME="2r"> </a><A HREF="#2">(2)</a>). Etrangement (pour nous), la présence du <em>qi</em> ne dépend pas que la montagne soit «naturelle» ou construite.</p>
<p>Au 18e siècle, les montagnes artificielles sont importées en Europe. Fascinés par l&#8217;exotisme des jardins chinois, les paysagistes anglais en reproduisent les apparences extérieures (asymétrie, irrégularité, goût de l&#8217;étrange…), détachées de leur système philosophique d’origine. Dans les parcs à fabriques aristocratiques, elles voisinent avec fausses ruines, pagodes, tentes turques…</p>
<p>Transbahutées d’une vision du monde à une autre, où l’exotisme prime souvent sur le qì, la mode des montagnes artificielles gagne au 19e siècle les parcs publics et les parcs d&#8217;attractions <A NAME="3r"> </a><A HREF="#3">(3)</a>. Carl Hagenbeck l’introduit ensuite dans les zoos, avec l’aide du sculpteur Urs Eggenschwiler. Etrange représentant du climat de l’époque, Hagenbeck est dresseur, importateur d’animaux, directeur de cirque et de zoo. Il décime des milliers d’animaux, et importe également des «sauvages» pour alimenter les «zoos humains», qui les présentent dans des villages reconstitués, comme des animaux de foire. Mais il invente aussi le principe du «zoo sans barrière», où les animaux sont séparés du public par un fossé plutôt qu&#8217;une grille, dans une illusion de liberté. </p>
<p>Le zoo de Hambourg (Hagenbeck, 1907) brouille les frontières entre l’animal et humain, entre le local et l’étranger. Les animaux vivent dans un environnement évoquant leur milieu naturel, reconstitué grâce à un traitement paysager, par la création de rochers artificiels et ponctué d&#8217;architectures exotiques, notamment asiatiques (pagode, pont, arche, temple…). Dans cette atmosphère éclectique, les faux rochers ont encore le statut de fabrique. </p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/2.jpg"><br />
<em>Le grand rocher et l’entrée principale du zoo de Vincennes. Cartes postales Cim, Jean Combier photographe.</em></p>
<p><strong>Grey goo</strong></p>
<p>Le zoo de Vincennes se présente comme un espace furtif. Inséré dans l&#8217;entrelacs d&#8217;une sortie de Paris, ni central ni périphérique, il est longé par des rues courbes qui semblent vouloir l&#8217;éviter. Seul le signale le grand rocher, haut de 67 m. Mais par un effet d’échelle étrange, il est difficile d’évaluer à quelle distance on s’en trouve, comme s’il se situait dans une dimension géométrique différente. </p>
<p>Une fois traversée l’enceinte du zoo, «aucune architecture humaine n’apparaît» (André Hermant <A NAME="4r"> </a><A HREF="#4">(4)</a>). Plus généralement, c’est la logique constructive du monde extérieur qui est annulée. Charles Letrosne <A NAME="5r"> </a><A HREF="#5">(5)</a> a effacé toute trace reconnaissable d&#8217;architecture. </p>
<p>L’environnement créé par Letrosne est pour le moins troublant. Aucun éclectisme architectural, aucune curiosité ne vient concurrencer les montagnes. La nature entière est symbolisée à partir d’un seul élément de base – le rocher – forme naturelle libre que la multiplication à l’infini rend abstrait. Il exprime à lui seul l’environnement supposé de toutes les espèces exotiques. Cellule d’habitation pour animaux, splendidement indifférent aux espèces qu&#8217;il contient (qui s&#8217;y sentent sans doute aussi peu à l’aise que les pingouins du zoo de Londres dans la piscine construite par Lubetkin), le rocher représente de manière identique les côtes, la forêt, les steppes ou la montagne. </p>
<p>Ni architecturaux ni organiques, les rochers se situent dans une zone floue. Alors qu&#8217;à Hambourg, Budapest <A NAME="6r"> </a><A HREF="#6">(6)</a> ou Londres, on a représenté des accumulations de rochers distincts, ici la surface est continue, comme s&#8217;il y avait un unique bloc coulé — un continuum de béton armé sur un lit d&#8217;eau — qui annonce l’espace plastique abstrait de l’<em>Endless house</em> de Frederick Kiesler (1958). Le visiteur se déplace dans un environnement intégral, reconstitué, homogène et inerte qui unit, dans un même espace cosmique montagnes, eau, animaux, végétaux et humains. </p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/3.jpg"><br />
<em>Le continuum de béton du zoo de Vincennes dans son état d’origine.</em></p>
<p>L’omniprésente matière semble dégouliner sur tout le site depuis le sommet du Grand Rocher, envahir tout l&#8217;espace comme une poudre grise, monument continu dont la trame architecturale serait remplacée par le déroulement d&#8217;une pierre inépuisable. Le zoo de Vincennes constitue un certain aboutissement de la logique du béton. Poudre uniformisatrice, résultant d&#8217;un processus chimique, il se répand avec indifférence. Les rochers se développent avec une apparence de liberté totale, grâce à un matériau qui s&#8217;accommode de toute forme, pour constituer un «blob» informe et continu qui ne laisse deviner aucune contrainte de construction. </p>
<p>Les montagnes des jardins chinois exprimaient le goût des lettrés pour les assemblages de pierres patiemment sélectionnées pour leurs formes, qui sont ensuite retravaillées pour paraître encore plus étranges, pour qu&#8217;à chaque pas dans la montagne, le paysage soit modifié. «La variété et l&#8217;imagination atteignent dans ces compositions un sommet […] les artistes parviennent alors à donner à leurs montagnes artificielles une impondérabilité telle que les pierres semblent émerger du vide.» (Michele Pirazzoli-T-Serstevens <A NAME="7r"> </a><A HREF="#7">(7)</a>)</p>
<p>La concrétion de Vincennes incarne l&#8217;exact contraire. Alors que la tradition chinoise spiritualise la matière, la peau infinie, sans profondeur, du zoo réalise l’utopie d’une synthèse totale du monde naturel à partir de ses constituants chimiques. Elle engendre un environnement plastique indiffèrent à la particularité architecturale : un lieu d&#8217;annulation de la matière.</p>
<p>Cette vision universaliste du béton, &laquo;&nbsp;pierre artificielle&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;pierre infinie&nbsp;&raquo;, était déjà formulée au milieu du 19e siècle par l’industriel et utopiste François Coignet, qui édifia en 1851, dans la banlieue nord de Paris, la première maison au monde entièrement coulée en béton comme en un seul bloc <A NAME="8r"> </a><A HREF="#8">(8)</a>. Le fantasme de la poudre universelle se poursuit avec l’imaginaire associé aux nanotechnologies. Dans son livre <em>Engins de création</em>, Eric Drexler imagine le scénario d’une « substance grise » auto-réplicante qui envahirait la planète entière. On peut voir les rochers du zoo de Vincennes comme une métaphore construite, où les animaux et le public, leurrés, se fondent dans ce monde artificiel comme dans la grey goo.</p>
<p>Le zoo de Vincennes fait fusionner deux manières antinomiques d’être au monde : l&#8217;hyperprésence du qì de la montagne et la dissémination absolue de sa matérialité par le déroulement infini de la grey goo. Il en résulte un lieu paradoxal, qui semble à la fois donner vie aux animaux qu’il abrite et les réduire à l’état de poudre.</p>
<p><a href="http://www.nogovoyages.com/vincennes_zoo.html"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/4.jpg"></a><br />
<em>Les rochers artificiels transmutés à l’état de nature. 30 novembre 2008, dernier jour d’ouverture au public du zoo de Vincennes. Photo: Stéphane Degoutin.</em></p>
<p><strong>Retour à l’état de nature</strong></p>
<p>Depuis plusieurs décennies, le zoo est délaissé par le public, et rattrapé par une nature non domestiquée. La végétation prolifère, déborde, grimpe sur les parois. Des plantes nouvelles apparaissent. Soumise aux intempéries, la fine enveloppe de béton prend d’étranges couleurs, se patine, se voit recouverte de mousse et de lichen, ce qui lui confère un aspect paradoxalement naturel — excepté aux points où le béton s&#8217;effrite et met à nu le squelette métallique rouillé censé le maintenir. La mince peau craque sous le jeu interne des ferraillages. Des morceaux entiers se détachent. La construction lézardée, meurtrie apparaît alors comme une vanité. Le vieillissement trahit son origine humaine.</p>
<p>Le public se fait chaque jour plus rare, et le lieu est progressivement débarrassé de ses animaux. Les derniers visiteurs errent dans un zoo à moitié vide, dont les rochers accueillent des espèces plus citadines : rats, pigeons ou chats confortablement installés dans les immenses cages libérées. Le parc reste ouvert au public jusqu’en 2008. Et c’est peut-être cet état qui constitue la meilleure expression de sa présence au monde, à mi chemin entre la vétusté du rêve prométhéen et sa digestion par la nature.</p>
<p><a href="http://www.nogovoyages.com/vincennes_zoo.html"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/5.jpg"></a><br />
<em>Photo: Stéphane Degoutin.</em></p>
<p>Mais cet état ne dure pas. D’importants travaux de transformation ont débuté le 1er septembre 2011, selon un programme <A NAME="9r"> </a><A HREF="#9">(9)</a> qui a fait l’objet de nombreuses critiques <A NAME="10r"> </a><A HREF="#10">(10)</a>. </p>
<p>Le lieu est devenu impropre à montrer des animaux. Mais pourquoi s’acharner à vouloir en faire un zoo? Les dernières années ont montré qu&#8217;il conservait ses qualités même lorsqu’il était partiellement dépourvu d&#8217;animaux. Puisqu’il incarne un rapport de l’homme avec son environnement naturel et technique, nous avions proposé d’en faire un laboratoire de recherche-action, dont le but serait de proposer des solutions alternatives pour l’avenir de l’homme sur la planète, en réponse à la menace qu’il crée par ses propres technologies. Un collectif de chercheurs y fabriquerait une cité académique utopique, contenant des laboratoires et des logements. Les faux rochers, habités par des intellectuels semi primitifs et quelques animaux, s’intégreraient dans un parc ouvert au public <A NAME="11r"> </a><A HREF="#11">(11)</a>.</p>
<p><a href="http://www.nogovoyages.com/vincennes_zoo.html"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/qi/6.jpg"></a><br />
<em>Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, Vincennes Zoo Research Lab, 2010. Tirage photographique, 150 x 100 cm.</em></p>
<p>_______________________________</p>
<p><A NAME="1">1</a> <A HREF="#1r">(Retour)</a> Voir aussi le chapitre «Form : Artificial mountains» dans le livre de Stan Allen et Marc McQuade, <em>Landform Building: Architecture&#8217;s New Terrain</em> (éd. Lars Müller, 2011) ; les rencontres <a href="http://horizonpaysage.org/_pdf/Arc_Senans_pgrmme.pdf" target="_blank">«Montagnes et architecture»</a>, 2009; l’article <a href="http://www.designboom.com/weblog/cat/9/view/8183/artificial-mountain-design.html" target="_blank">«Artificial mountain design»</a> sur Designboom </p>
<p><A NAME="2">2</a> <A HREF="#2r">(Retour)</a> Stéphanie Boufflet, <em>Conversation avec la montagne</em>, Ecole d&#8217;Architecture Paris la Seine, 2001, p.12-21. </p>
<p><A NAME="3">3</a> <A HREF="#3r">(Retour)</a> Voir Gilles-Antoine Langlois, <em>Folies, tivolis et attractions, les premiers parcs de loisirs parisiens</em>, Action artistique de la Ville de Paris, 1991.</p>
<p><A NAME="4">4</a> <A HREF="#4r">(Retour)</a> André Hermant, &laquo;&nbsp;Le nouveau zoo de Vincennes&nbsp;&raquo;, <em>L&#8217;architecture d&#8217;aujourd&#8217;hui</em>, n°8 1934</p>
<p><A NAME="5">5</a> <A HREF="#5r">(Retour)</a> Plusieurs bâtiments de Letrosne sont protégés au titre des monuments historiques, mais ce n’est pas le cas du zoo.</p>
<p><A NAME="6">6</a> <A HREF="#6r">(Retour)</a> Sur les grands rochers du zoo de Budapest (1909), voir Péter Kis, Miklós Persányi et Márta Szabon, « The Great Rock », in Stan Allen et Marc McQuade, <em>Landform Building : Architecture’s New Terrain</em>, Baden, Lars Müller, 2011.</p>
<p><A NAME="7">7</a> <A HREF="#7r">(Retour)</a> Michele Pirazzoli-T-Serstevens, &laquo;&nbsp;Jardins&nbsp;&raquo; in &laquo;&nbsp;Chine (L&#8217;Empire du Milieu)&nbsp;&raquo; in <em>Encyclopaedia Universalis</em>, vol.5, p561, 2002</p>
<p><A NAME="8">8</a> <A HREF="#8r">(Retour)</a> Cette maison est actuellement à l’état d’abandon. Cf. Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, <a href="www.nogovoyages.com/cyborgsdanslabrume.html">Cyborgs dans la brume</a>, vidéo, 45’, 2011. </p>
<p><A NAME="9">9</a> <A HREF="#9r">(Retour)</a> Programmation : Museum National d’Histoire Naturelle. Architecture : Véronique Descharrières et Bernard Tschumi. Paysagisme : Jacqueline Osty.</p>
<p><A NAME="10">10</a> <A HREF="#10r">(Retour)</a> Frédéric Robineau, <a href="http://www.latribunedelart.com/le-zoo-de-vincennes-ne-doit-pas-mourir-article002791.html" target="_blank">«Le zoo de Vincennes ne doit pas mourir!»</a>, samedi 25 septembre 2010; Frédéric Edelmann, «Le zoo de Vincennes pourrait perdre ses rochers», Le Monde, 26 Novembre 2010 ; François Roche, <a href="http://www.new-territories.com/ZOO/" target="_blank">«Who’s got the authority to raze the ZOO?</a>, 2011.</p>
<p><A NAME="11">11</a> <A HREF="#11r">(Retour)</a> Stéphane Degoutin et Gwenola Wagon, <a href="http://www.nogovoyages.com/vincennes_zoo.html">Vincennes Zoo Research Lab</a>, 2008-2011.</p>
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		<item>
		<title>ADHD is good for you</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2012/01/adhd/</link>
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		<pubDate>Tue, 03 Jan 2012 18:00:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Save the System]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2012/01/adhd/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/adhd.jpg" alt="" /></a>

N'est-il pas réducteur de voir dans l'ADHD une pathologie? N'est-elle pas plutôt une réaction évolutive d'adaptation à un changement de milieu, une stratégie de défense qui préserve l'individu face à la surcharge informative?

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2012/01/adhd/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Selon les psychiatres, le trouble du déficit de l&#8217;attention avec hyperactivité (Attention Deficit Hyperactivity Disorder, ou ADHD), désigne <a href="http://www.nogoland.com/images/wp/adhd/sympt.png" target="_blank">un ensemble de symptômes</a> autour de l&#8217;incapacité à se concentrer plus de quelques minutes sur un même sujet. Ce trouble du développement, fréquemment diagnostiqué chez les enfants, est parfois traité à l&#8217;aide d&#8217;un psychotrope (la méthylphénidate, commercialisée sous le nom de <a href="http://somatosphere.net/assets/ritalin.jpg" target="_blank">Ritalin</a>).</p>
<p>N&#8217;est-il pas réducteur de voir dans l&#8217;ADHD une pathologie individuelle? N&#8217;est-elle pas plutôt, comme le suggérait Anne Bray, la condition actuelle de notre société? L&#8217;accélération généralisée des techniques et des rythmes de vie se traduit, chez beaucoup, par une impossibilité a suivre, une tension intérieure permanente et des comportements désorganisés, erratiques. L&#8217;ADHD peut être vue comme une réaction collective de panique pure, face à cette éventualité effrayante, qui s&#8217;impose à nous de façon chaque jour plus évidente: l&#8217;accélération technologique et culturelle dépasse les capacités maximales du corps et du cerveau humain &#8212; ce que produit l&#8217;humanité dépasse les capacités de l&#8217;homme.</p>
<p><a href="http://www.flickr.com/photos/sebastianfritzon/1143669412/" target="_blank"></a><a href="http://www.drugs-expert.com/ritalin-methylphenidate/" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/adhd/fritzon.jpg" alt="" /><br />
<em>Image: Sebastian Fritzon</em></a></p>
<p>D&#8217;un point de vue pathologique, L&#8217;ADHD peut être vue comme une réaction de panique face à la surabondance d&#8217;informations, d&#8217;activités et de distractions que décharge sur nous sans les trier la société contemporaine. On visualise la victime de l&#8217;ADHD comme incapable de tirer profit des expériences partielles et incomplètes qu&#8217;il accumule. Il lui manque à la capacité de combiner la matière, de déceler une organisation, des schémas, du sens. Il laisse s&#8217;installer en lui un sentiment de dépassement permanent, toile de fond d&#8217;une existence quotidienne déconnectée d&#8217;un but clairement focalisé.</p>
<p>Mais, en analysant l&#8217;ADHD comme une pathologie, ne confond-on pas une évolution de l&#8217;époque avec le mécanisme permettant de s&#8217;y adapter? Si l&#8217;on retourne cette vision pathologique, on peut voir l&#8217;ADHD comme une réaction évolutive d&#8217;adaptation à un changement de milieu, une stratégie de défense qui préserve l&#8217;individu face à la surcharge informative, l&#8217;empêche de rester bloqué dans un cul-de-sac mental, permet de naviguer dans la profusion pour y trouver des chemins multiples.</p>
<p>La pathologie concernerait ceux qui ne parviennent pas à créer des connexions dans la société d&#8217;abondance informationnelle, dans la <a href="http://maggie-jackson.com/" target="_blank">généralisation des distractions</a>. Mais l&#8217;homme de l&#8217;ADHD n&#8217;est pas forcément perdu dans l&#8217;hyperchoix. Il rappelle aussi la figure du chiffonnier chère à Walter Benjamin, qui amasse et assemble des fragments trouvés au hasard (quitte à laisser derrière lui un ensemble inachevé, ouvert), ou celle du glaneur dans le film d&#8217;Agnès Varda, <em>Les glaneurs et la glaneuse</em>, ou encore le trait de caractère dit de la &laquo;&nbsp;papillonne&nbsp;&raquo; chez Fourier, porté vers la variété, la complexité de l&#8217;environnement, ouvert à la sérendipité, fusionnant avec son <em>umwelt</em>, au point parfois d&#8217;atteindre l&#8217;extase hypnotique (la crise de nerfs explosive).</p>
<p><strong>Le chiffonier choisit son chemin.</strong></p>
<p>La focalisation du cerveau humain sur un sujet particulier, ce que l&#8217;on appelle l&#8217;attention, est une capacité cognitive qui permet le développement d&#8217;une pensée plus profonde. La multiplication des sources de distraction semble à première vue entrer en conflit avec cette capacité. Il est à supposer que le cerveau humain perde en qualité d&#8217;attention en démultipliant les objets sur lesquels elle porte. L&#8217;argument est le suivant: la distraction permanente empêche de se focaliser, et on peut mesurer, par exemple, que les informations sont moins bien assimilées par le cerveau. &laquo;&nbsp;Le travail est fragmenté, divisé, fréquemment interrompu, bruyant… Nous travaillons dans un climat de distraction qui mine notre manière de penser et de résoudre les problèmes.&nbsp;&raquo;, Maggie Jackson, auteur de <em>Distraction</em>.</p>
<p>Mais n&#8217;est-ce pas justement une qualité? Dans une société d&#8217;abondance informationnelle, il est essentiel de NE PAS assimiler toutes les informations. Par définition l&#8217;ADHD consiste dans le refus de porter son attention sur ce qui ne le merite pas. Or, dans une société où la gestion de l&#8217;économie de l&#8217;attention pose problème, ceci  constitue une aptitude et non une faiblesse. L&#8217;ADHD est peut-être la meilleure stratégie que nous puissions déployer pour ne pas se laisser submerger, pour ne pas couler.</p>
<p>D&#8217;autre part, au lieu de focaliser l&#8217;attention sur un territoire sacralisé, la dispersion de l&#8217;attention sur un territoire plus vaste permet une vision panoramique, une multiplication des connexions, des associations, bref la capacité à produire du sens.</p>
<p>On sait que le fonctionnement normal du cerveau est la somme d&#8217;opérations parallèles multiples, dont seulement certaines sont rendues conscientes. L&#8217;unité de la pensée n&#8217;est qu&#8217;une illusion qui masque que &laquo;&nbsp;je&nbsp;&raquo; est plusieurs. L&#8217;ADHD pourrait être le signe que le cerveau s&#8217;adapte pour faire devenir conscient simultanément de plusieurs processus mentaux. L&#8217;homme deviendrait alors multitache, comme le personnage du roman de Bruce Sterling, <em>Distraction</em>. </p>
<p>On pourrait croire que cette incapacité à se concentrer durablement empêche toute production. Mais les distractions perpétuelles ne sont pas nécessairement improductives: elles peuvent conduire à une profusion de micro créativités, myriades de petites sécrétions désordonnées: boulimie intellectuelle de production incontrôlée, passant sans cesse d&#8217;un sujet à l&#8217;autre, idées qui s&#8217;entrechoquent, rentrent en contact les unes avec les autres, augmentent en puissance, s&#8217;enrichissent mutuellement. Il s&#8217;agirait alors de savoir saisir ces petites idées en désordre &#8212; et de leur trouver un ordre. Il est probable que ce mode de fonctionnement soit bien plus cohérent avec l&#8217;organisation distribuée et non linéaire du cerveau, permettant de se libérer des modes de production &laquo;&nbsp;bloqués&nbsp;&raquo; dans leur illusoire linéarité, et bien mieux adaptée aux activités intellectuelles (l&#8217;improductivité consistant, au contraire, à rester des heures devant le même travail, procédé qui conduit inévitablement, dans le domaine intellectuel, à l&#8217;angoisse bien connue de la page blanche).</p>
<p>Reste à inventer les outils d&#8217;agrégation permettant de trier cette production par miettes.</p>
<p><a href="http://www.drugs-expert.com/ritalin-methylphenidate/" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/adhd/ritalin.jpg" alt="" /></a></p>
<p>Il en va de même du stress. Le stress constitue, originellement, une réaction physique de défense pour l&#8217;animal: &laquo;&nbsp;le stress prépare les êtres vivants à des réponses musculaires rapides et intenses&nbsp;&raquo;, il déclenche dans l&#8217;organisme l&#8217;énergie de la fuite lors de situations dangereuses. L&#8217;interprétation médicale habituelle est que, chez l&#8217;homme, le mécanisme ne fonctionne plus correctement: &laquo;&nbsp;Au cours de l&#8217;évolution humaine, les sources d&#8217;agression mettant en jeu directement la vie se sont progressivement éloignées. [Elles] ont changé de nature: elles sont devenues plus psychiques et émotionnelles que physiques. […] le syndrome biologique […] a persisté […] mais la réponse physiologique qui lui est associée n&#8217;est plus adaptée aux contraintes de la vie moderne. Comme le résume le savant suédois Lennart Levi: &#8216;Le rythme du progrès technologique a été plus rapide que celui du progrès biologique.&#8217; […] L&#8217;organisme est inutilement préparé à une réaction physique qui ne peut s&#8217;accomplir&nbsp;&raquo; (1).</p>
<p>Le résultat de cette inadéquation est bien connu, et s&#8217;observe aisément chez l&#8217;employé de bureau tout à la fois stressé et physiquement prisonnier de sa table de travail, de son ordinateur, de son costume, des conventions sociales, usé par &laquo;&nbsp;une quantité de petits stresseurs quotidiens&nbsp;&raquo;. Toute cette énergie déclenchée par le stress finit en cul-de-sac, énergie rentrée, qui détruit l&#8217;organisme alors qu&#8217;elle était censée le protéger. Le stress ne se déclenche pourtant pas sans raison: l&#8217;employé de bureau se trouve effectivement prisonnier physiquement, dans une situation de profond danger personnel qui devrait, en effet, se traduire par une réaction physique de défense. Rien ne peut justifier l&#8217;enfermement d&#8217;êtres humains dans des bureaux, pas plus que celui des animaux dans les zoos. Ils sont victimes de la même impossibilité à libérer leur stress. Le problème n&#8217;est pas tant l&#8217;inadéquation de la réponse physiologique que la contrainte, plus forte encore qui l&#8217;interdit. Bien conscientes du problème et soucieuses de détourner le stress de sa cible naturelle, les entreprises proposent des stages de saut à l&#8217;élastique ou autres activités de décharge ciblée.</p>
<p>Il n&#8217;est pas fatal que l&#8217;énergie du stress dévore l&#8217;employé soumis. Le stress représente une formidable réserve d&#8217;énergie. Il &laquo;&nbsp;suscite une vigilance accrue à l&#8217;égard de l&#8217;environnement&nbsp;&raquo; (1). L&#8217;employé de bureau, de call center ou autre job tertiaire absurde possède en lui, comme Clark Kent, un surhomme; mais c&#8217;est un surhomme qui n&#8217;ose pas lutter contre sa soumission, qui n&#8217;ose pas inventer des exutoires mieux choisis que le saut à l&#8217;élastique qu&#8217;on lui propose.</p>
<p><a href="http://newideas.net/adhd/neurology" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/adhd/deviations.jpg" alt="" /></a></p>
<p>_________________</p>
<p>(1) Marc Schwob, <em>Le Stress</em>, Flammarion, 1999, p.8, 23 et 24</p>
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		<title>Data in search of interpretation</title>
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		<comments>http://www.nogoland.com/wordpress/2011/08/data2000/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 23 Aug 2011 17:00:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Omniprésence de la fiction]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2011/08/data2000/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/data2000.png"/ ></a>

So long utopia, hello love. At least, this is what Ngram says.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2011/08/data2000/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>So long utopia, hello love. At least, this is what Ngram says.<br />
Something definitely did happen around the turn of the millennium.</p>
<p><strong>1. Words that fall around 2000</strong></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/0.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/17.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/18.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/16.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/12.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/masculinity.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/5.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/contemporary_art.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/interpretation.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/13.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/14.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/fiction.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/emergent.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/15.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/crisis.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/6.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/11.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/8.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/7.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/public_space.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/private_space.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/4.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/2.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/9.png"/ ></p>
<p><strong>2. Words that rise around 2000</strong></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/0.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/1.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/2.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/beauty.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/3.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/4.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/5.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/house.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/eat.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/6.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/9.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/10.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/11.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/12.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/think.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/afraid.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/god.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/sure.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/soul.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/save.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/13.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/dead.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/eternity.png"/ ></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/rise/8.png"/ ></p>
<p>Thanks to <a href="http://ngrams.googlelabs.com/">Google Books Ngram Viewer</a><br />
Voir aussi <a href="http://ftalphaville.ft.com/blog/2011/09/16/679356/an-experiment-in-delta-none/" target="_blank">ces étranges corrélations</a>.</p>
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		<title>Obsolescence programmée de l&#8217;homme</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2011/02/oph/</link>
		<comments>http://www.nogoland.com/wordpress/2011/02/oph/#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 12 Feb 2011 11:46:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Obsolescence programmée de l'homme]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2011/02/oph/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/extinct.jpg"/ ></a>

Ce qui nous inquiète aujourd'hui, ce n'est pas que l'ordinateur réussisse un jour le test de Turing. C'est que l'humain échoue.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2011/02/oph/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les boutiques des réseaux de téléphonie et des fournisseurs d’accès Internet forment des lieux extrêmement déstabilisants. Rendus technologiquement dépendants, les individus angoissés font la queue pendant des heures derrière des guichets pour obtenir les informations leur permettant de faire fonctionner leur téléphone ou leur box internet. Il faut regarder leurs visages interdits devant la complexité des objets techniques. Ils se retrouvent seuls avec leur problème, perdus dans la profusion d’offres, déroutés par la violence feutrée du marketing, stupéfaits par la déshumanisation des employés qui leur font face. Ces derniers, vêtus aux couleurs de l’entreprise, portant leur slogan, répètent sans y croire des phrases toutes faites dictées par les services commerciaux.</p>
<p>On peut y observer la peur panique des masses qui atteignent le point limite de la capacité de digestion technologique, la déconnexion de l’humain d’avec ses techniques. Le dépassement approche. </p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/obsolescence/sfr.jpg"/ ><br />
<em>«The icon of employment In the age of information has been the help desk.», Jaron Lanier, </em>You are not a gadget: A Manifesto<em> (2010), Penguin, 2011, p.94 (<a href="http://www.aures-pos.fr/actus/tag/espace-sfr/" target="_blank">source de l&#8217;image</a>) </em></p>
<p>En 1950, le mathématicien Alan Turing propose un <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Turing_test" target="_blank">test</a> célèbre, destiné à mesurer <a href="http://ngrams.googlelabs.com/graph?content=artificial+intelligence&#038;year_start=1900&#038;year_end=2050&#038;corpus=0&#038;smoothing=3" target="_blank">&laquo;&nbsp;l&#8217;intelligence artificielle&nbsp;&raquo;</a>*. Un examinateur humain converse en langage naturel avec un ordinateur et un être humain, tous deux dissimulés. Si l&#8217;examinateur ne peut distinguer la machine de l&#8217;homme, c&#8217;est qu&#8217;elle a passé le test.</p>
<p>Ce test semble aujourd&#8217;hui un peu désuet. Peut-être même faut-il le comprendre à l&#8217;envers.</p>
<p>En effet, c&#8217;est une réalité bien plus effrayante qui s&#8217;impose à quiconque s&#8217;est entretenu récemment avec un employé d&#8217;un call center, d&#8217;un espace de vente d&#8217;un opérateur téléphonique ou a échangé quelques emails avec un service clients. Dans ces situations, nous nous trouvons dans la position de l&#8217;examinateur de Turing, à essayer de deviner si nous parlons à un être humain ou à une machine. Leur forme d&#8217;intelligence est-elle humaine ou artificielle? Le plus souvent, ce n&#8217;est ni l&#8217;un ni l&#8217;autre.</p>
<p>L&#8217;employé du call center lit sur un écran des réponses pré-écrites en fonction de chaque question possible; l&#8217;homme en uniforme de l&#8217;espace Sfr n&#8217;est qu&#8217;une émanation directe d&#8217;un programme marketing; les salariés du service client d&#8217;Amazon mettent bout à bout des phrases déjà écrites permettant de reconstituer l&#8217;illusion d&#8217;un échange humain. Nous nous trouvons face à des êtres humains, pourtant leur comportement est dicté par un logiciel ou/et un programme marketing.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/obsolescence/amazon.png"/ ><br />
<em>Ce message n&#8217;est pas écrit par un humain, ni par un ordinateur, mais par une synthèse des deux. Il représente un lamentable échec au test de Turing.</em></p>
<p>Dans la plupart des services clients, l&#8217;humain n&#8217;est plus présent aujourd&#8217;hui que pour assurer l&#8217;interface avec le logiciel, qui n&#8217;est pas encore à même de reconnaître toutes les subtilités du langage humain. Mais l&#8217;humain n&#8217;est plus utile <em>qu&#8217;à cela</em>, c&#8217;est-à-dire à assurer la partie la plus superficielle de la discussion: l&#8217;interface de communication. Il n&#8217;a aucun poids sur le propos ni sur la prise de décision. Désincarné, déresponsabilisé, il se fond dans le programme qu&#8217;il exécute; il se met en retrait derrière ce programme, se présentant comme une simple interface. L&#8217;humain n&#8217;est qu&#8217;un moyen d&#8217;accéder au logiciel.</p>
<p>Il est facile d&#8217;extrapoler le processus: l&#8217;ensemble des relations humaines s&#8217;éloigne progressivement dans l&#8217;exécution de programmes. Ce qui nous inquiète aujourd&#8217;hui, ce n&#8217;est pas que l&#8217;ordinateur soit pris pour un humain; mais que, dans un nombre croissant de situations, à commencer par les relations professionnelles, l&#8217;humain se confonde avec le logiciel.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas l&#8217;ordinateur qui a réussi le test de Turing, c&#8217;est l&#8217;homme qui a échoué. Ironiquement, le test qui était destiné à mesurer le moment où les machines accèderont à l&#8217;intelligence, montre en réalité le point de basculement où l&#8217;intelligence humaine commence à perdre la sienne. Ce qui est effrayant, c&#8217;est que ce point de basculement survient bien avant l&#8217;émergence d&#8217;une intelligence égalant celle de l&#8217;homme.</p>
<p><img src="http://www.churchofeuthanasia.org/graphics/new/humexte2.jpg"/ width="640"><br />
<em><a href="http://www.churchofeuthanasia.org/" target="_blank">Source: Church of Euthanasia</a></em></p>
<p>L&#8217;humain disparaîtra bientôt de ces métiers d&#8217;information client où il ne joue plus qu&#8217;un rôle résiduel. Mais, lorsqu&#8217;elle sera seule en place, la machine ne réussira pas mieux au test. De notre position d&#8217;examinateur, nous serons parfaitement conscients qu&#8217;elle est une machine, et pourtant nous discuterons avec elle. Après l&#8217;homme, puis la machine, ce sera au tour de l&#8217;examinateur d&#8217;échouer au test de Turing.</p>
<p>Ce qui est troublant, c&#8217;est justement que nous discutons avec des logiciels, en sachant que ce sont des logiciels. Nous nous comportons avec des artefacts intelligents comme s&#8217;ils étaient des personnes, tout en sachant qu&#8217;ils n&#8217;en sont pas. Le fait qu&#8217;ils n&#8217;en soient pas et que nous le sachions a en réalité peu d&#8217;importance. Peu importe également que leur intelligence ait peu à voir avec ce que l&#8217;on appelle communément &laquo;&nbsp;intelligence artificielle&nbsp;&raquo;. Ce qui importe c&#8217;est que nous-mêmes (notre comportement) sommes modifiés. Non pas parce qu&#8217;une intelligence semblable à la notre apparaîtra un jour. Mais parce qu&#8217;une intelligence <em>différente</em> de la notre est <em>déjà</em> apparue dans notre existence. Et qu&#8217;elle vit avec nous. Et que nous vivons avec elle.</p>
<p>L&#8217;intelligence artificielle commence-t-elle avec le télémarketing? Le futur est déjà là, sous une forme modeste, décevante, voire un peu minable. </p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/obsolescence/myspace.png"/ ></p>
<p>_______</p>
<p>* L&#8217;expression est extrêmement ambiguë et assez malheureuse. Je préfère parler &laquo;&nbsp;d&#8217;intelligence fabriquée sur le modèle de celle de l&#8217;homme&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;d&#8217;artefacts intelligents&nbsp;&raquo;. Voir à ce sujet &laquo;&nbsp;<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/08/lintelligence-des-artifices/">L&#8217;intelligence des artifices</a>&nbsp;&raquo;</p>
<p>_______</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
		<item>
		<title>Dispositifs à déplier le temps</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/11/dispositifs-a-deplier-le-temps/</link>
		<comments>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/11/dispositifs-a-deplier-le-temps/#comments</comments>
		<pubDate>Tue, 30 Nov 2010 19:34:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Expanded panorama]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.nogoland.com/wordpress/?p=2202</guid>
		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/11/dispositifs-a-deplier-le-temps/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/depli.jpg"/ ></a>

Si l’objet par excellence du premier cinéma est la locomotive, c’est le corps d’un cheval qui constitue le premier sujet de l’une des formes les plus fascinantes de proto-cinéma.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/11/dispositifs-a-deplier-le-temps/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="640" height="510" src="http://www.youtube.com/embed/2cUEANKv964?rel=0" frameborder="0"></iframe></p>
<p><strong>Train / cinéma</strong></p>
<p>L’enregistrement du mouvement d’une locomotive signe la naissance mythique du cinéma, et c’est avec une sorte d’évidence que l’on retient <em>L’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat</em>, des frères Auguste et Louis Lumière, comme son point d’origine — bien qu’il ne soit ni le premier film, ni le premier film des frères Lumière, ni le premier film projeté. </p>
<p>On retient de la projection originelle de 1896 l’effroi de l’audience devant l’apparition d’une locomotive dans une salle obscure, tout comme, lors des expériences de lanterne magique au 17e siècle, le public était saisi d’effroi à l’apparition de figures démoniaques projetées sur les murs. Peut-être est-ce cet effroi qui signe l’invention du cinéma comme art et non comme technique. Peut-être est-ce cela qu’ont inventé les frères Lumière, et que n’ont pas découvert Léon Bouly, Louis Aimé Augustin Le Prince, ou encore Jean Le Roy. L’effroi, indissociable de la fascination <a href="#1">(1)</a><a name="1" id="b1"></a>, préfigure l’impossibilité de détacher son regard des images en mouvement qui caractérise l’homme du 20e siècle.</p>
<p><em>L’Arrivée d’un train en gare de la Ciotat</em> condense, dès l’origine, la fascination-effroi de la machine industrielle et de la projection d’images en mouvement. </p>
<p>Dans les décennies qui vont suivre, le cinéma va scruter, avec une grande insistance, le corps mécanique du train, qui peut être considéré comme son objet par excellence <a href="#2">(2)</a><a name="2" id="b2"></a>. «Le train sans doute, plus que toute autre machine, préfigura le cinéma comme dispositif de perception.» Tout comme le spectateur de cinéma, le passager d’un train, est «un voyageur immobile regardant le passage d’un spectacle encadré» <a href="#3">(3)</a><a name="3" id="b3"></a>. Camera obscura défilant le long des paysages, dans un mouvement régulier, il déplace le spectateur assis devant un panorama sans cesse changeant, comme une pellicule déroulée à l’infini. Le corps fusionne avec la machine qui l’emporte, tandis que son esprit plonge dans le spectacle latéral du défilement du monde.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/depli/movingpanorama.jpg"/ ><br />
<em>Panorama Transsibérien, Paris, exposition universelle de 1900</em></p>
<p><strong>Ville animale / ville machine </strong></p>
<p>La ville de l’âge industriel fusionne progressivement avec le transport mécanisé. Son sous-sol se voit transpercé de métros, sa surface sillonnée de tramways, de multiples lignes de transport l’irriguent en continu, selon des trajectoires régulières et infiniment répétées. La vitesse de la locomotive remplace celle du pas humain ou du cheval. Autrefois ville-animale, parcourue de voitures à chevaux, la métropole moderne commence à se voir comme l’analogon de la machine au fonctionnement régulier, répétitif, exact, prévisible. </p>
<p>Le citadin voit son corps quotidiennement emporté par des véhicules peu confortables, maltraité par des mécaniques dont la puissance le dépasse de très loin. Tout véhicule tiré par une force plus grande que l’homme (voiture à chevaux, train, tramway, métro), lui fait perdre la maîtrise de sa propre position. Le corps ne peut anticiper l’accélération, le freinage, les irrégularités de la route accentuées par la vitesse… <a href="#4">(4)</a><a name="4" id="b4"></a> Pour ne pas se voir malmené, il doit s’abandonner au moyen de transport. La condition urbaine impose de faire corps avec la machine, de fusionner avec elle: de devenir machine. Le fantasme de l’homme-machine trouve sa pleine expression dans les courbes devenues folles des montagnes russes, forme emblématique des <a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2009/08/trolley-parks/">trolley parks</a> américains, parc d’attractions construits au terminus des lignes de tramway. En bout de ligne, la machine fonctionnelle devient machine à fabriquer le plaisir, dans la fusion de l’homme avec la mécanique.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/depli/champ_muybridge.jpg"/ ><br />
<img src="http://www.nogoland.com/images/wp/depli/horse.jpg"/ ><br />
<em>Les 24 chambres photographiques de Muybridge à Palo Alto (Californie), 1881</em><br />
<em>Muybridge, Le cheval Sallie Gardner au galop, 1878</em></p>
<p><strong>Cheval / décomposition</strong></p>
<p>Si l’objet par excellence du premier cinéma est la locomotive, c’est le corps d’un cheval qui constitue le premier sujet de l’une des formes les plus fascinantes de proto-cinéma. C’est pour constituer une preuve scientifique — preuve que, durant son galop, le cheval quitte le sol pendant une partie de son mouvement —qu’Eadweard Muybridge invente la photographie de la décomposition du mouvement <a href="#5">(5)</a><a name="5" id="b5"></a>.</p>
<p>Cette preuve, seul l’arrêt sur image pouvait la fournir. Et la fascination persistante que provoque l’invention de Muybridge réside dans cette apparition surnaturelle: des tranches ont été découpées dans le déroulement du temps, et ces instants figés se trouvent docilement alignés les uns à côte des autres. La photographie avait accompli le miracle de figer le temps, Muybridge parvient à le déplier. Ses images n’appartiennent ni au genre de la photographie, ni au genre du cinéma — ni la photo ni le cinéma ne possèdent le pouvoir de déplier le temps ou de fractionner le mouvement du corps — mais constituent leur genre propre.</p>
<p>Après avoir inventé un dispositif pour décomposer le mouvement, Muybridge invente une autre machine, permettant de le recomposer: le zoopraxiscope, qui reconstitue la continuité de mouvement à partir de photographies successives. Mais ce n’est pas à cet appareil de proto-cinéma qu’il doit sa célébrité. La décomposition du mouvement reste, encore aujourd’hui, bien plus extraordinaire que sa recomposition. Le zoopraxiscope annule le prodige originel de la décomposition mécanique du corps et de l’étalement du temps.</p>
<p><img src="http://30.media.tumblr.com/tumblr_lfy331h0Df1qe0eclo1_r10_500.gif" width="640"/ ><br />
<em>“Every god is a god of death.”, </em>Szamanka<em> (1996) (source: <a href="http://iwdrm.tumblr.com/page/4" target="_blank">If we don&#8217;t, remember me</a> via <a href="http://thomascazals.blogspot.com/" target="_blank">T. Cazals</a>)<br />
La décomposition du mouvement reste, encore aujourd’hui, bien plus extraordinaire que sa recomposition.</em></p>
<p>Dans la salle de cinéma, sauf accident de bobine, le spectateur ne peut revenir en arrière ou arrêter l’image. Dans les photographies de Marey ou Muybridge, le mouvement décomposé reste en attente d’un recollement qui ne viendra jamais. L’oeil parcourt les images successives, revient en arrière, il reconstitue mentalement la structure répétitive et mécanique du mouvement du corps, la logique implacable du galop, toujours identique quel que soit le cheval, aussi prévisible que l’enchaînement des pièces mobiles du train.</p>
<p>Ainsi, une autre preuve visuelle est produite. En montrant que le mouvement animal est décomposable en fractions toujours identiques, les photographies de Muybridge font ressortir le caractère mécanique du corps animal. Les machines créées par l’homme et les machines naturelles révèlent leur proximité. Corps et machine se rejoignent. </p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/depli/chevalapp.jpg"/ ><br />
<em>Cheval et appareils de la méthode graphique de Marey, 1874</em></p>
<p>Cette fusion du corps et de la machine est encore accentuée dans les chronophotographies d’Étienne-Jules Marey, où les points et les traits placés sur le corps ne conservent de son mouvement que la structure la plus fondamentale, faisant abstraction de ses caractéristiques superficielles (apparence physique, personnalité…).</p>
<p>L’histoire du cinéma s’annonce par la décomposition du mouvement d’un cheval, qui trahit l’essence mécanique le corps, et se poursuit par la recomposition du mouvement d’un train, qui procure à la machine la capacité de reproduction. Dans la déconstruction de l’animal, le corps et l’artefact révèlent leur similitude fondamentale, tandis que dans la reconstruction de la machine, le cinéma, au contraire, la masque.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/depli/chronoman.jpg"/ ><br />
<em>Homme préparé pour la chronophotographie de Marey.</em></p>
<p><a name="1" id="1">1</a> <a href="#b1">(retour)</a> Voir Pascal Quignard, <em>Le Sexe et l&#8217;Effroi</em>, Paris, Gallimard, 1994.</p>
<p><a name="2" id="2">2</a> <a href="#b2">(retour)</a> Voir Raymond Bellour, <em>Le Corps du cinéma. Hypnoses, émotions, animalités</em>, Paris, P.O.L., 2009.</p>
<p><a name="3" id="3">3</a> <a href="#b3">(retour)</a> Christa Blümlinger, «Lumière, the train and the avant-garde», in Wanda Strauven ed., <em>The Cinema of Attractions Reloaded</em>, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2006.</p>
<p><a name="4" id="4">4</a> <a href="#b4">(retour)</a> Voir Daniel Canogar, <a href="http://www.fundacion.telefonica.com/es/at/ingravidos/paginas/eindice.html" target="_blank">Ingrávidos</a>.</p>
<p><a name="5" id="5">5</a> <a href="#b5">(retour)</a> A l’époque où Muybrige invente son dispositif, la ville reste encore très largement animale. A Paris par exemple, en 1879, les lignes de tramway de la ville requéraient l&#8217;entretien de 16 500 chevaux. Le passage de la traction animale à la locomotive fut très progressif. </p>
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		<title>L&#8217;Occident à l&#8217;époque de sa reproductibilité technique</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/08/loccident-a-lepoque-de-sa-reproductibilite-technique/</link>
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		<pubDate>Wed, 11 Aug 2010 15:31:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Open source Occident]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/08/loccident-a-lepoque-de-sa-reproductibilite-technique/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/jimmywales.jpg"/ ></a>

Sur ce portrait officiel, le fondateur de Wikipédia regarde fixement l'objectif. Comment décrire son expression? Il a l'air à la fois jeune et vieux, intelligent et idiot, content de lui et dubitatif, sournois et franc. 

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			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/archive/e/e2/20090221104146!Jimmy_Wales_Fundraiser_Appeal.JPG" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/jimmy_wales.jpg" alt="" /></a></p>
<p><strong>1. Le sourire de Jimmy Wales</strong></p>
<p>Sur ce portrait officiel, le fondateur de Wikipédia regarde fixement l&#8217;objectif. Comment décrire son expression? Il a l&#8217;air à la fois jeune et vieux, intelligent et idiot, content de lui et dubitatif, sournois et franc. Son regard semble assuré, pourtant on a l&#8217;impression qu&#8217;il va se mettre à trembler de tout son corps. Il semble à la fois sûr de lui et dépassé par les événements. Ses yeux sont tellement fixés sur l&#8217;objectif que l&#8217;on pourrait croire qu&#8217;il n&#8217;est pas vraiment sorti d&#8217;une séance d&#8217;hypnothérapie. Ou encore qu&#8217;il va chercher à hypnotiser la personne qui regarde la photo. Celui qui ignorerait son identité pourrait le prendre pour un prêtre ou un escroc. Je suis particulièrement frappé par sa coiffure, les cheveux courts sur les côtés, surmontés d&#8217;un petit palmier écrasé sur la crâne. Son sourire, à la fois sincère et forcé, reste aussi énigmatique que celui de Mona Lisa, aussi ambigu que le sens du projet Wikipédia.</p>
<p>Diderot et d&#8217;Alembert possédaient une très grande culture, une très grande intelligence et s&#8217;entouraient de personnes possédant eux aussi ces qualités. Leur Encyclopédie repose sur un plan préétabli, elle est le résultat d&#8217;un projet extrêmement visionnaire et volontaire. Au contraire, Wikipédia est née un peu par hasard. Au départ, Wales et Larry Sanger créent Nupédia, une encyclopédie collaborative en ligne avec un comité scientifique, qui démarre très lentement. C&#8217;est en essayant un autre principe (le wiki), qui court-circuite le comité scientifique, que l&#8217;encyclopédie décolle soudain et s&#8217;accroît à un rythme imprévu, jusqu&#8217;à devenir en quelques années une encyclopédie mondiale, la plus grande et la plus complète jamais réalisée. L&#8217;idéal sur lequel repose l&#8217;encyclopédie libre se caractérise avant tout par sa fragilité, sa légèreté, le hasard de sa création. Il s&#8217;agit, au départ, d&#8217;un simple essai, un <em>side project</em> improbable, ayant réussi au-delà de toute espérance rationnelle.</p>
<p>Dan Barry, de P Diamandis, de R Kurzweil ont en commun avec Jimmy Wales l&#8217;étrangeté de leur sourire; comme si l&#8217;ambivalence de leurs projets se matérialisait dans le même rictus.</p>
<p><strong>2. Civilisation de synthèse</strong></p>
<p>Wikipédia a pour slogan &laquo;&nbsp;L&#8217;encyclopédie libre&nbsp;&raquo;: à la fois open source et libre d&#8217;accès. Mais, avant d&#8217;être une encyclopédie, Wikipédia est (c&#8217;est beaucoup plus important) une machine à produire une encyclopédie. Son succès tient à l&#8217;extraordinaire efficience du mécanisme mis en place. Une fois lancée, la machine s&#8217;alimente de l&#8217;énergie produite par les millions de contributeurs. Ce que produit cette mécanique est sans précédent. Puisqu&#8217;elle n&#8217;est limitée que par les capacités de stockage des <em>data centers</em> qui l&#8217;hébergent, c&#8217;est potentiellement tout le savoir humain que Wikipédia rend accessible en open source.</p>
<p>Wikipédia ne repose pas sur un plan de travail, mais sur une structure, qui croît par contagion.</p>
<p>Une mécanique surnaturelle a été engendrée, qui nous fait entrer définitivement dans l&#8217;ère de l&#8217;<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/01/les-sirenes-de-lomniscience/">omniscience</a>.</p>
<p>Wikipédia rend possible un rêve ancien de l&#8217;Occident, celui du <em>reverse engineering</em> complet de la civilisation elle-même, de la mise à nu de tous ses composants, de tous ses principes logiques, afin d&#8217;assurer sa reproductibilité technique. Il ne s&#8217;agit pas ici d&#8217;une utopie: la civilisation occidentale est depuis longtemps synthétisée partout dans le monde. Wikipédia en libère définitivement le code source.</p>
<p>Ce que promet Wikipédia c&#8217;est de mettre la civilisation humaine elle-même en open source. Construire la première civilisation de synthèse.</p>
<p>Un proverbe chinois affirme: &laquo;&nbsp;Là où il y a dix Chinois, il y a la Chine&nbsp;&raquo;.</p>
<p>On peut dire mieux aujourd&#8217;hui: &laquo;&nbsp;Là où il n&#8217;y a aucun Occidental, il y a l&#8217;Occident.&nbsp;&raquo;</p>
<p>L&#8217;omniprésence de l&#8217;Occident sur la planète n&#8217;est pas une chose nouvelle, mais les moyens par lesquels il se répand sont nouveaux. Si l&#8217;Occident utilise encore fréquemment l&#8217;asservissement économique (colonialisme ou néocolonialisme), la propagande (médiatique), et plus marginalement la force (conquête militaire), ces moyens sont devenus superflus. La civilisation occidentale n&#8217;a plus besoin d&#8217;être imposée. Individus et peuples choisissent l&#8217;occidentalisation volontaire, cédant à l&#8217;irrésistible promesse du développement économique.</p>
<p>Or, l&#8217;Occident ne garde pas jalousement ses secrets de fabrication. Au contraire, dans sa logique libérale, il a besoin des autres pour commercer. Il s&#8217;est donc rendu entièrement auto reproductible, modélisable ex nihilo, et prolifère sur la planète à la vitesse d&#8217;un virus. Il n&#8217;est plus nécessaire pour cela que des Occidentaux soient présents. L&#8217;Occident n&#8217;a plus qu&#8217;à mettre à la disposition des kits de construction en open source permettant de reproduire la civilisation n&#8217;importe où dans le monde, à la manière d&#8217;un logiciel à télécharger.</p>
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		<title>L&#8217;Intelligence des artifices</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/08/lintelligence-des-artifices/</link>
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		<pubDate>Tue, 10 Aug 2010 20:38:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Obsolescence programmée de l'homme]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/08/lintelligence-des-artifices/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/-/ai.jpg"/ ></a>

Bien qu'elle constitue une fascinante énigme pour l'esprit humain, la question "Une intelligence artificielle pourra-t-elle un jour reproduire certains modes de pensée du cerveau humain?" est peut-être moins fondamentale que la question inverse: le cerveau humain pourra-t-il jamais reproduire les modes de pensée de l’ordinateur?

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			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;Il n&#8217;est pas complètement impossible que <em>nous</em> […] soyons sur le point de construire un monde au pas duquel nous serions incapables de marcher et qu&#8217;il serait absolument au-dessus de nos forces de &#8216;comprendre&#8217;, un monde qui excéderait absolument notre force de compréhension, la capacité de notre imagination et de nos émotions, tout comme notre responsabilité. Qui sait, peut-être avons-nous déjà construit ce monde-là?&nbsp;&raquo;, <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Günther_Anders" target="_blank">Günther Anders</a>, <em>L&#8217;Obsolescence de l&#8217;homme</em>, Paris, Ivrea, 2002 (édition originale: 1956), p.32</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/ia/ai.jpg" alt="" width="640" /><br />
<em>Steven Spielberg, </em>Artificial Intelligence: A.I.<em>, 2001</em></p>
<p>Une intelligence artificielle pourra-t-elle un jour reproduire certains modes de pensée du cerveau humain? Il est raisonnable de nourrir des doutes à ce sujet.</p>
<p><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Bruce_Sterling" target="_blank">Bruce Sterling</a> rappelle (dans <em>Tomorrow Now</em>) que l&#8217;intelligence, c&#8217;est d&#8217;abord un corps: &laquo;&nbsp;La conscience n&#8217;est pas le principal effet du cerveau humain. Les gens ne sont pas des intelligences logiques abstraites qui se promènent dans de grands sacs de viande. Les gens sont de grands animaux avec des cerveaux de viande, surdimensionnés et très occupés, qui font parfois des choses logiques.&nbsp;&raquo; * Privé de corporéité, l&#8217;artificiel ne saurait développer une intelligence.</p>
<p><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Brian_Boyd" target="_blank">Brian Boyd</a> avance lui aussi (dans <em>On the Origin of Stories</em>) une contradiction intéressante. Il donne l&#8217;exemple d&#8217;une photo montrant un graffiti avec un jeu de mots à plusieurs sens: &laquo;&nbsp;Ralph, come back, it was only a Rash&nbsp;&raquo; (que l&#8217;on pourrait traduire par: &laquo;&nbsp;Ralph, reviens, c&#8217;était juste une éruption&nbsp;&raquo; ou/et &laquo;&nbsp;c&#8217;était juste une bêtise&nbsp;&raquo;). &laquo;&nbsp;J&#8217;accepterai de croire que les ordinateurs sont capables de penser, écrit Boyd, non quand ils peuvent battre un Kasparov aux échecs, avec leurs permutations rapides et proliférantes, mais après tout calculables, mais quand, nourris de quelque chose d&#8217;aussi inattendu qu&#8217;une photo de &#8216;Ralph, come back, it was only a Rash&#8217; barbouillé sur un mur, ils seront capables de lire ces mots, d&#8217;en déduire l&#8217;histoire et de rire à la blague qu&#8217;ils auront eux-mêmes décelée.&nbsp;&raquo; **</p>
<p>Et il faut prendre au sérieux la formule lapidaire de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Baudrillard" target="_blank">Jean Baudrillard</a>: &laquo;&nbsp;La tristesse de l&#8217;intelligence artificielle est qu&#8217;elle est sans artifice, donc sans intelligence.&nbsp;&raquo; (<em>Cool Memories &#8211; 1980-1985</em>). Car &laquo;&nbsp;le véritable artifice, c&#8217;est celui du corps dans la passion, celui du signe dans la séduction, de l&#8217;ambivalence dans les gestes, de l&#8217;ellipse dans le langage, du masque dans le visage, du trait qui altère le sens, et que pour cette raison on appelle trait d&#8217;esprit. […] Ce qui distinguera toujours le fonctionnement de l&#8217;homme et celui des machines, même les plus intelligentes, c&#8217;est l&#8217;ivresse de fonctionner, le plaisir. Inventer des machines qui aient du plaisir, voilà qui est heureusement encore au delà des pouvoirs de l&#8217;homme. Toutes sortes de prothèses peuvent aider à son plaisir, mais il ne peut en inventer qui jouiraient à sa place. &nbsp;&raquo; (Jean Baudrillard, &laquo;&nbsp;Le Xerox et l&#8217;infini&nbsp;&raquo;).</p>
<p>Ces réponses sont élégantes. Mais est-ce la bonne question?</p>
<p>Bien qu&#8217;elle constitue une fascinante énigme pour l&#8217;esprit humain, la question &laquo;&nbsp;Une intelligence artificielle pourra-t-elle un jour reproduire certains modes de pensée du cerveau humain?&nbsp;&raquo; est peut-être moins fondamentale que la question inverse: le cerveau humain pourra-t-il jamais reproduire les modes de pensée de l’ordinateur?</p>
<p>Or, la réponse à cette dernière question semble bien moins énigmatique. A moins d&#8217;un très improbable miracle, la réponse est un non définitif. Pour vous en convaincre, comptez le nombre d’opérations arithmétiques que vous pouvez effectuer mentalement en une fraction de seconde, puis comparez le résultat avec ce que peut votre ordinateur de bureau.</p>
<p>L&#8217;homme ne rattrapera pas plus les ordinateurs qu&#8217;il ne pourra rattraper une voiture à la course &#8212; même en posant l&#8217;hypothèse transhumaniste d&#8217;un corps ou d&#8217;un cerveau augmenté. L&#8217;homme ne rattrapera pas les machines intelligentes qu&#8217;il produit: le chemin est d&#8217;ores-et-déjà bien plus long, bien plus improbable, dans ce sens que dans l&#8217;autre.</p>
<p>La question de l&#8217;intelligence artificielle reste encombrée du présupposé de l&#8217;humanoïde. Se demander s&#8217;il est possible de reproduire synthétiquement l&#8217;être humain est une fausse question. Elle laisse dans l’ombre le fait que n’importe quel programme informatique, le moindre gadget électronique est, stricto sensu, une forme d’intelligence artificielle. Et d’autant plus remarquable qu’elle ne vise pas à reproduire des formes d’intelligence animale ou humaine, mais à créer des formes d’intelligence autres, inventées par l’homme pour compléter les formes d’intelligence « naturelles » déjà disponibles.</p>
<p>Il est vraisemblable que les recherches en intelligence artificielle ne se préoccupent plus pour très longtemps de prendre l’intelligence humaine comme unique source d&#8217;inspiration. Tenter de reproduire une forme d’intelligence qui existe déjà a-t-il un intérêt autre que d&#8217;exercice? Bien plus excitante est l&#8217;idée de fabriquer de toutes pièces une nouvelle forme d&#8217;intelligence.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/ia/windows.jpg" alt="" width="640" /><br />
<em>Chacun des millions d&#8217;étranges couples homme + ordinateur est la préfiguration du couple intelligence naturelle + intelligence artificielle. Même si c&#8217;est difficile à admettre, l&#8217;intelligence artificielle commence ici, avec cet écran bleu d&#8217;un Windows buggé&#8230; (<a href="http://sdm-net.org/tag/windows/" target="_blank">source</a></em><em>)</em></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/ia/gadget.jpg" alt="" width="640" /><br />
<em>&#8230;plutôt que là (un gadget japonais) (<a href="http://www.aujourdhuilejapon.com/actualites-japon-les-robots-d-assistance-bientot-les-meilleurs-compagnons-de-l-homme-au-japon-6738.asp?1=1" target="_blank">source</a></em><em>).</em></p>
<p>L&#8217;intelligence  &laquo;&nbsp;naturelle&nbsp;&raquo; n&#8217;est pas apparue en une seule étape. Il a fallu de très longues périodes, à partir de formes très primitives d&#8217;intelligence, ayant lentement évolué. L’intelligence &laquo;&nbsp;naturelle&nbsp;&raquo; constitue le lent résultat du processus de l&#8217;évolution naturelle. Elle est le résultat d’un processus aveugle (elle ne « sert » pas un but qui la transcende, elle constitue sa propre fin). En revanche, l’intelligence &laquo;&nbsp;artificielle&nbsp;&raquo; a été créée par l’espèce humaine. Elle sert donc un but qui la transcende: notre bon vouloir. Se mettant dans la position exacte des dieux qu&#8217;elle avait imaginés, l’espèce humaine est effectivement en train de créer un monde artificiel intelligent. Ce monde est pour l’instant habité principalement par des créatures inoffensives et gauches (du genre PC sous Windows). Mais  cette  intelligence  &laquo;&nbsp;artificielle&nbsp;&raquo; évolue beaucoup plus rapidement que l&#8217;intelligence des espèces &laquo;&nbsp;naturelles&nbsp;&raquo;.</p>
<p>Il est probable qu&#8217;elle ne deviendra jamais humaine au sens ou nous l&#8217;entendons. Elle s&#8217;engage manifestement sur une voie toute autre.</p>
<p>Que penser d&#8217;une forme d&#8217;intelligence si jeune qui sait <em>déjà</em> battre Kasparov aux échecs?</p>
<p>&#8211; mais qui ne bat Kasparov que si un humain le lui demande &#8211;</p>
<p>De nombreuses formes d&#8217;intelligence artificielle très basiques sont d&#8217;ores-et-déjà hors de portée de l&#8217;intelligence humaine. Quel est l&#8217;avenir de ces intelligences artificielles non anthropomorphes? La voiture reste au service de l&#8217;homme (bien qu&#8217;elle le tue souvent et modifie largement son mode de vie). Quid de l&#8217;ordinateur et des intelligences artificielles qui suivront? Obtiendront-elles une autonomie? Machine créée par l&#8217;homme, son destin est d&#8217;échapper à ce que l&#8217;on a prévu pour elle. Pas nécessairement en prenant le contrôle sur l&#8217;humanité; peut-être en buggant. En devenant des machines célibataires, dont le destin a toujours été de sortir des chemins prévus.</p>
<p><iframe width="640" height="390" src="http://www.youtube.com/embed/WnzlbyTZsQY" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Cette intelligence synthétique, d&#8217;essence nouvelle, restera longtemps sinon définitivement sans spiritualité et sans plaisir. Mais elle nous concurrencera néanmoins. Rien ne dit qu&#8217;elle ne nous &laquo;&nbsp;dépassera&nbsp;&raquo; pas. Non dans le sens ou elle serait comme nous en mieux, mais dans le sens ou elle serait plus efficace, plus puissante.</p>
<p>Peut-être est-ce justement l&#8217;absence de ces qualités humaines qui facilitera aux intelligences synthétiques de devenir une espèce dominante. Peut-être leur absence d&#8217;affect les rendra-t-elle plus efficaces. Certains caractères humains lui resteront peut-etre inaccessibles, de la même manière que nous restent inaccessibles la liberté sexuelle des bonobos ou d&#8217;autres qualités animales — il n&#8217;empêche que nous avons pris le pouvoir sur la planète.</p>
<p>Qui seront les plus nombreux, les plus aptes à fonder une société ? Notre développement est très lent, car nous évoluons au rythme biologique de l’évolution, tandis que les machines évoluent au rythme des innovations technologiques. C’est à dire que leur rythme d’évolution est fonction du notre, augmenté exponentiellement.</p>
<p><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Samuel_Butler_(novelist)" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/ia/butler.jpg" alt="" height="350" /></a><br />
<em>Samuel Butler</em></p>
<p>Les machines n&#8217;ont nullement besoin de ressembler à l&#8217;homme pour le menacer. Elles n&#8217;ont pas besoin non plus de se révolter contre nous. <a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Samuel_Butler_(novelist)" target="_blank">Samuel Butler</a> l&#8217;annonçait dès 1863:</p>
<p>&laquo;&nbsp;Quelle sorte de créature remplacera l&#8217;homme pour prendre la suprématie sur la terre? Nous avons souvent entendu débattre cette question; mais il nous semble que nous sommes nous-mêmes en train de créer nos propres successeurs. (&#8230;) Dans le cours des âges, nous nous trouverons en position de race inférieure. Inférieure en pouvoir, inférieure dans la qualité morale de garder notre sang froid, nous regarderons cette espèce comme le summum de tout ce que les hommes les meilleurs et les plus sages peuvent aspirer à devenir. Pas de passions mauvaises, pas de jalousie, pas d&#8217;avarice, pas de désirs impurs ne dérangeront la force sereine de ces créatures glorieuses. (&#8230;) Les machines gagnent du terrain sur nous; jour après jour nous devenons plus soumis à elles; chaque jour plus d&#8217;hommes se retrouvent attachés à leurs soins comme des esclaves, chaque jour plus d&#8217;hommes consacrent l&#8217;énergie de leur vie entière pour le progrès de la vie mécanique.&nbsp;&raquo; ***</p>
<p>___________</p>
<p>Voir aussi &laquo;&nbsp;<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2011/02/oph/">Obsolescence programmée de l&#8217;homme</a>&nbsp;&raquo;</p>
<p><a href="http://cleverbot.com/" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/cleverbot.png" /></a><br />
<em>Une conversation avec <a href="http://cleverbot.com/" target="_blank">Cleverbot</a></em></p>
<p>___________</p>
<p>* &laquo;&nbsp;Consciousness is not the major effect of the human brain. People are not abstract logical intelligences walking around in big sacks of meat. People are large animals with big, busy, meaty brains that sometimes do a few things that are logical.&nbsp;&raquo; (Bruce Sterling, <em>Tomorrow Now</em>, 2002, p.58)</p>
<p>** &laquo;&nbsp;I&#8217;ll believe that computers can think not when they can beat a Kasparov at chess, with its rapidly proliferating but after all calculable permutations, but when they can be fed something as unexpected as the photograph of &#8216;Ralph, come back, it was only a Rash&#8217; daubed on a wall, and can read the words, deduce the story, then laugh at the joke they have recognized for themselves.&nbsp;&raquo; (Brian Boyd, <em>On the Origin of Stories</em>, P.11)</p>
<p>*** &laquo;&nbsp;What sort of creature man’s next successor in the supremacy of the earth is likely to be. We have often heard this debated; but it appears to us that we are ourselves creating our own successors (&#8230;) In the course of ages we shall find ourselves the inferior race. Inferior in power, inferior in that moral quality of self-control, we shall look up to them as the acme of all that the best and wisest man can ever dare to aim at. No evil passions, no jealousy, no avarice, no impure desires will disturb the serene might of those glorious creatures. (&#8230;) the machines are gaining ground upon us; day by day we are becoming more subservient to them; more men are daily bound down as slaves to tend them, more men are daily devoting the energies of their whole lives to the development of mechanical life.&nbsp;&raquo; (<a href="http://www.nzetc.org/tm/scholarly/tei-ButFir-t1-g1-t1-g1-t4-body.html" target="_blank">&laquo;&nbsp;Darwin Among the Machines&nbsp;&raquo;</a>) (in <em>Erewhon</em>)</p>
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		<title>Tourisme et hypnose</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/07/tourisme-et-hypnose/</link>
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		<pubDate>Sat, 31 Jul 2010 14:30:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Enlarge your Pleasure Zone]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/07/tourisme-paranormal/"><img alt="" src="http://www.nogoland.com/images/wp/playtime-.jpg" /></a>

Le tourisme est une activité paranormale. Pour en profiter, il suffit de s'abandonner au voyage organisé, meilleure porte d'entrée vers les états modifiés de la conscience.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/07/tourisme-paranormal/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Jean-Michel Hoerner, professeur de géopolitique et de tourisme, pose l&#8217;hypothèse que le voyage de la famille Fenouillard (la célèbre bande dessinée créée en 1889) se déroule sous hypnose. Ce serait pour Christophe (l&#8217;auteur) une manière de faire la critique du voyage touristique, et d&#8217;illustrer « le dilemme du faux et du vrai, l’un des thèmes forts du tourisme » (« <a href="http://www.herodote.org/article.php3?id_article=317">La Famille Fenouillard: une œuvre prémonitoire ?</a> », <em>Hérodote</em>, n° 127, 2007/4 p.190-198). </p>
<p>L&#8217;impossibilité de discerner le faux du vrai est souvent présentée comme une critique du tourisme de masse. Au contraire, c&#8217;est précisément là ce qui le rend intéressant: ce qui le place sur le chemin du paranormal.</p>
<p><img alt="" src="http://www.nogoland.com/images/wp/fenouillard.jpg" /><br />
<em>La famille Fenouillard</em></p>
<p>On peut voir le tourisme de masse comme un autre moyen d&#8217;accéder à des états proches de l&#8217;hypnose.</p>
<p>Aller a l&#8217;autre bout du monde pour se retrouver chez soi.</p>
<p>Impossibilité de distinguer le vrai du faux.</p>
<p>Tension constante entre absolue altérité et confondante similarité.</p>
<p>Le tourisme est une activité paranormale; c&#8217;est ce qui constitue sa très grande qualité.</p>
<p>Pour en profiter, il suffit de s&#8217;abandonner au voyage organisé, meilleure porte d&#8217;entrée vers les états modifiés de la conscience.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/playtime.jpg" alt=""/ ><br />
<em>L&#8217;agence de voyages dans </em>Playtime<em> de Jacques Tati (1967).</em></p>
<p>Au contraire, la recherche de l&#8217;authentique, de l&#8217;équitable etc. condamne a une déception perpétuelle.</p>
<p>Quête sans cesse déçue de l&#8217;exotisme. Quête sans cesse déçue de la rencontre. </p>
<p>Quête sans cesse déçue de l&#8217;authentique: pourquoi ailleurs serait-il plus authentique qu&#8217;ici?</p>
<p>Quête sans cesse déçue de l&#8217;altérité, qui n&#8217;est jamais où on la cherche. L&#8217;autre s&#8217;avère si souvent décevant: trop peu différent, ou au contraire d&#8217;une différence banale (je ne vois ici que des êtres humains).</p>
<p>Quête sans cesse déçue de la grande culture. L&#8217;original tant recherché ne diffère en rien de sa version télévisée, médiatisée, photographiée. Hypnotisé devant l&#8217;image tridimensionnalisée de sa quête, le voyageur constate que le déplacement n&#8217;en valait pas la peine.</p>
<p>La recherche illusoire de l&#8217;authenticité n&#8217;aboutit qu&#8217;a tuer ce que le déplacement peut contenir, en soi, de surnaturel.</p>
<p>C&#8217;est la quête du vrai, non celle du faux, qui conjure l&#8217;effroi du deplacement. </p>
<p>Crainte de sortir de sa zone de confort, au risque de découvrir sa zone de plaisir.</p>
<p>S&#8217;abandonner au tourisme.</p>
<p><img alt="" src="http://www.nogoland.com/images/wp/palm/04.jpg" /></p>
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		<title>De la disparition du temps</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/07/de-la-disparition-du-temps/</link>
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		<pubDate>Sat, 31 Jul 2010 13:35:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Omniscience et mémoire éidétique]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/07/de-la-disparition-du-temps/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/archive-org-.jpg" alt="" /></a>

Dans le bocal climatisé d'un <em>data center</em>, quelque part en Californie, des rangées d'ordinateurs de bureau mis en réseau dupliquent, depuis 1996, la moindre donnée placée sur la toile pour le site archive.org d'Internet Archive. Aux avant-postes de la lutte pour la disparition du temps, cette première cellule d'une Bibliothèque de Babel borgésienne,  se donne pour objectif de TOUT conserver.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/07/de-la-disparition-du-temps/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.haute-disponibilite.net/2008/04/20/comment-archiveorg-stocke-plusieurs-petaoctets-de-donnees/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/archive-org.jpg" alt="" /></a><br />
<em>La machine à remonter dans le temps (<a href="http://www.haute-disponibilite.net/2008/04/20/comment-archiveorg-stocke-plusieurs-petaoctets-de-donnees/" target="_blank">source</a>)</em></p>
<p>Dans le bocal climatisé d&#8217;un <em>data center</em>, quelque part en Californie, des rangées d&#8217;ordinateurs de bureau mis en réseau dupliquent, depuis 1996, la moindre donnée placée sur la toile pour le site <a href="http://www.archive.org" target="_blank">archive.org</a> d&#8217;Internet Archive. Aux avant-postes de la lutte pour la disparition du temps, cette première cellule d&#8217;une Bibliothèque de Babel borgésienne,  se donne pour objectif de TOUT conserver.</p>
<p>Corollaire immédiat du stockage généralisé: grâce à la <a href="http://www.archive.org/web/web.php" target="_blank">Wayback Machine</a> d&#8217;Internet Archive, il est possible de naviguer sur Internet dans le passé, de retourner dans le temps visiter des sites qui ont disparu. La machine à remonter dans le temps existe.</p>
<p>Le présent advient de plus en plus sous forme digitale: sites web, messages email ou conversations sous Skype… Or, tout support digital est enregistrable et reproductible à l’infini. La facilité de conservation permet de tout sauvegarder. Des informations anodines placées sur Internet sont recopiées automatiquement par des sites miroirs. Toute vidéo mise sur Youtube est dupliquée par d’autres sites vidéo, sans que l’auteur soit consulté. <a href="http://web.archive.org/web/*/http://www.nogoland.com" target="_blank">Des informations qui n’avaient aucune vocation à l’éternité</a> se retrouvent consignées aussi sûrement que des tablettes d’argile portant des textes sacrés. Ce n&#8217;est que le début du stockage universel des données. </p>
<p>En 2008, pour ses 10 ans, Google met en ligne son plus ancien index disponible. <a href="http://www.google.com/search2001.html" target ="_blank">La page</a> a été retirée depuis. Elle permettait de faire des recherches sur le web en janvier 2001 et d&#8217;afficher les pages en cache telles qu&#8217;elles étaient à l&#8217;époque (en renvoyant vers archive.org). La date est bien choisie, même si c&#8217;est par hasard: peu avant l&#8217;effondrement du World Trade Center. A peine quelques années en arrière, le sentiment de revenir dans le passé est total. </p>
<p>Une recherche “World Trade Center” pointe vers des webcams qui bien entendu ne retransmettent plus d&#8217;images. Mais aussi vers une page “World Trade Center Bombing” qui évoque l&#8217;attentat de 1993.</p>
<p>YouTube n&#8217;existe pas encore, Google Earth non plus. Janvier 2001, c&#8217;est aussi la date de création de Wikipédia. Google 2001 renvoie vers quelques miettes, notamment des pages du projet <a href="http://web.archive.org/web/20010418152404/www.nupedia.com/" target="_blank">Nupedia</a>, de Jimmy Wales et Larry Sanger. Plus ancienne et plus “sérieuse”, elle contient des articles signés et choisis, comme le ferait une “vraie” encyclopédie, mais ne dépassa jamais les 24 articles.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/nupedia.png"><br />
<em><a href="http://web.archive.org/web/20010418152404/www.nupedia.com/" target="_blank">Nupedia.org</a> en 2001</em></p>
<p>En janvier 2001, je viens juste de créer Nogoland, et Google ne l&#8217;a pas encore repéré. Très étonnant de retrouver sur archive.org une page Nogoland archivée en 2003. La première version du site n&#8217;a heureusement pas été archivée, elle n&#8217;existe pas en dehors de mon disque dur. Je retrouve <a href="http://web.archive.org/web/20040803012556/http://www.lostincreteil.com/" target="_blank">une version de Lostincreteil datant de 2004</a> dont j&#8217;avais oublié l&#8217;existence. Ce n&#8217;était pas encore un blog.</p>
<p>A l&#8217;époque, je n&#8217;avais aucune conscience que les pages que je créais seraient encore accessibles après que je les ai effacées en ligne et parfois de mon propre disque dur. La question était de trouver comment se rendre visible. Quelques années plus tard, la question sera: comment se rendre invisible.</p>
<p>L&#8217;enregistrement généralisé des données textuelles est engagé (sites web, le moindre de vos emails, de vos <em>pokes</em> sur Facebook…); l&#8217;enregistrement généralisé des images s&#8217;amorce également: milliers de photographies et d&#8217;images vidéo stockées avec leurs métadonnées… Caméras et appareils photo deviennent omniprésents, invisibles, et les capacités de stockage rendent possible l&#8217;enregistrement permanent (la caméra ne prend pas des photos quand on déclenche, mais en continu). </p>
<p>Puisque nous sommes potentiellement filmés en permanence (par nos amis, par nos collègues&#8230;). Parce que ces films peuvent finir sur Internet, être recopiés et archivés à l&#8217;infini, le domaine public s&#8217;étend à l&#8217;infini: dans l&#8217;espace (diffusion mondiale de tout moment) et dans le temps (conservation infinie de tout moment).</p>
<p>Puisqu’Internet est un espace public, c’est comme si on enregistrait en permanence ce qui se passe dans la rue. Comme si tout un chacun pouvait accéder, dix ou cent ans plus tard, et en haute définition, aux images enregistrées par les caméras de surveillance urbaines.</p>
<p>Le présent n&#8217;est plus voué à la disparition; ni le passé à l&#8217;inaccessibilité. La conservation généralisée remplace la nostalgie. </p>
<p>Il n&#8217;est pas besoin d&#8217;extrapoler beaucoup pour imaginer l&#8217;apparition prochaine d&#8217;appareils qui enregistrent en permanence et en trois dimensions ce qui se passe autour de vous. La vie entière d&#8217;un individu devient alors stockable en intégralité, seconde par seconde. Il est possible de naviguer à l&#8217;intérieur. L&#8217;enregistrement généralisé rend possible la réversibilité du temps.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/sensecam.jpg" alt=""/ ><br />
<em>Le projet <a href="http://research.microsoft.com/en-us/um/cambridge/projects/sensecam/" target="_blank">Sensecam de Micosoft Research</a> renverse l&#8217;utilisation habituelle d&#8217;un appareil d&#8217;enregistrement d&#8217;images. Destiné entre autres à des utilisateurs ayant des troubles de la mémoire, il reste suspendu en permanence au cou et enregistre ce qui l&#8217;entoure &laquo;&nbsp;passivement&nbsp;&raquo;, en fonction de paramètres prédéfinis, par exemple en cas de changement de luminosité ou de chaleur. Son but est de garder automatiquement la trace des situations que vit l&#8217;utilisateur.</em></p>
<p><a href="http://looxcie.com/" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/lookcie.png" alt=""/ ></a><br />
<em>La caméra <img src="http://www.nogoland.com/images/wp/sensecam.jpg" alt=""/ >Lookcie</a> permet d&#8217;enregistrer en continu et de mettre immédiatement les vidéos sur un réseau social, par un simple bouton. La possibilité technique de recopier intégralement sa vie en ligne existe déjà. Pour le moment, on nous suggère déjà de remonter dans le temps: &laquo;&nbsp;Go back and capture moments &#8211; even after they happen&nbsp;&raquo;.</em></p>
<p>Partout sur le web, il suffit de baisser pour récupérer le passé: les airs à la mode pendant votre jeunesse sont tous sur Youtube (avec des images que vous n&#8217;aviez pas vues à l&#8217;époque), la généalogie de vos ancêtres a été reconstituée, les amis dont vous aviez perdu toute trace réapparaissent après une simple requête sur Google, les cours que vous aviez séchés sont sur la <a href="http://www.khanacademy.org/" target-"_blank->Khan Academy</a> (mieux expliqués), etc. A la façon d&#8217;un logiciel, le temps devient réversible: à mesure qu&#8217;il se digitalise, le réel incorpore la fonction &laquo;&nbsp;ctrl z&nbsp;&raquo;. S&#8217;il est encore impossible de revenir en arrière dans les mondes persistants, c&#8217;est qu&#8217;aucun développeur n&#8217;a encore exploré la piste d&#8217;un monde réversible. Cela ne saurait tarder.</p>
<p>Ceux qui disparaissent dans le monde physique laissent des <a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/02/ghosts/">fantômes</a> sur les réseaux: pages Facebook montrant leur photo souriante, que personne ne peut effacer car le mot de passe a été perdu, avatars aux bras infiniment ballants dans Second Life, blogs où s&#8217;accumulent les commentaires sans réponse, pages perso jamais remises à jour&#8230; Les fantômes numériques sont appelés à se multiplier. Dans quelques décennies, lorsque les premières générations d&#8217;Internautes mourront en masse, les contenus fantomatiques (créés par des morts) dépasseront en nombre les contenus &laquo;&nbsp;vivants&nbsp;&raquo;. Les avatars vivront leur vie propre, après la vie de leur maître mort. Or, selon toute probabilité, rien ne permettra plus de distinguer, à cette époque, les avatars des humains. Nous vivrons dans un environnement proche des films de Romero.</p>
<p>C&#8217;est ainsi que commencera l&#8217;immortalité: par la multiplication des traces numériques laissées par chacun. Par la création d&#8217;avatars de plus en plus réalistes, de réseaux sociaux de plus en plus fournis. Bientôt, ce sera un double complet de vous-même qui existera en ligne. Semi automatisé, vous pourrez le laisser en pilotage automatique pour gérer votre vie sociale. Quand vous mourrez, il continuera d&#8217;exister.</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/livingdead.jpg" alt="" /><br />
<em>L&#8217;Internet de demain?</em></p>
<p>Paralèllement au stockage généralisé du présent, progressent les techniques de refabrication du passé. L&#8217;industrie cinématographique nous y a habitués. L&#8217;ampleur des moyens investis dans les superproductions hollywoodiennes permet d&#8217;opérer le recollement de très nombreuses informations historiques / anthropologiques / psychologiques&#8230; pour reconstituer le passé; la contribution des plus grands spécialistes de chaque domaine aboutissant à la fabrication de fac similés crédibles de périodes révolues. L&#8217;habitude que nous avons du dispositif cinématographique ne doit pas en occulter l&#8217;extraordinaire efficacité immersive, la capacité que possède ce médium de nous transporter effectivement dans une autre époque, un autre lieu, une autre histoire. Aux siècles précédents, seuls quelques érudits pouvaient prétendre se faire une image de la vie quotidienne en Egypte antique ou au Moyen-Age. Chaque homme du vingtième siècle occidental s&#8217;en fait une image, car il a <em>effectivement</em> voyagé dans le temps jusqu&#8217;à ces époques.</p>
<p>De nouvelles technologies permettent de voir dans le passé, comme par exemple les tests adn sur cadavres permettant de déterminer si votre grand-père était bien votre graand-père. Il va être possible de repérer des crimes commis dans le passé. Peut-être que si vous agressez sexuellement une personne, vous serez repéré dans 35 ans, grâce à des fichiers ou de nouvelles techniques qui seront établies dans le futur. Ce scénario, qui inverse l&#8217;argument de <em><a href="http://www.imdb.com/title/tt0181689/" target="_blank">Minority Report</a></em> (dans lequel les precogs voient les crimes qui vont être connus), me semble tout aussi effrayant, et bien plus probable. Il matérialiserait l&#8217;idée chrétienne d&#8217;un Dieu omniscient, à qui rien ne peut être caché.</p>
<p>Le futur reste plus difficile d&#8217;accès que le passé, mais les techniques de modélisation scientifique permettent de le prédire avec plus de précision, et entament lentement le mur qui nous en sépare. Nous n&#8217;en sommes pourtant qu&#8217;aux balbutiements.</p>
<p>Mais tout cela n&#8217;est rien, devant l&#8217;hypothèse aujourd&#8217;hui très sérieuse de faire revivre les espèces disparues grâce à leur Adn. Il est techniquement envisageable de ramener à la vie des dinosaures, exactement comme dans le film <em>Jurassic Park</em>. Mais pourquoi se limiter aux dinosaures? Pourquoi ne pas cloner l&#8217;homme de Néanderthal? <a href="http://journal.davidbyrne.com/2010/07/072610-smarter-than-us.html" target="_blank">Dans son journal</a>, David Byrne s&#8217;interroge sur ce qu&#8217;il pourrait advenir si ce concurrent de l&#8217;<em>homo sapiens</em>, sans doute plus fort et plus intelligent que nous, revenait sur Terre. Les conditions du milieu qui avaient créé sa perte ayant aujourd&#8217;hui changé, supplanterait-il l&#8217;espèce humaine?</p>
<p>Il y a plusieurs années déjà, il avait été proposé de cloner Jésus Christ, à l&#8217;aide d&#8217;Adn prélevé sur l&#8217;une des multiples reliques de son corps. Si l&#8217;opération promet d&#8217;être complexe (il faudrait déjà déterminer quelle relique serait authentique), elle est par contre très facile à envisager pour des grands hommes plus récents, dont on a également préservé des parties du corps.</p>
<p><img src="http://www.castleofspirits.com/einstein1.jpg" alt="" /><br />
<em>Thomas S. Harvey (Wichita, Kansas) avec le cerveau d&#8217;Einstein. <a href="http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.castleofspirits.com/einstein1.jpg&amp;imgrefurl=http://muhrbitsandpieces.blogspot.com/2005_10_01_archive.html&amp;usg=__xJcaAJv2ZLyhQWG4LjrkhSb2T8Y=&amp;h=272&amp;w=200&amp;sz=22&amp;hl=fr&amp;start=8&amp;um=1&amp;itbs=1&amp;tbnid=YLBrei2q7M7LrM:&amp;tbnh=113&amp;tbnw=83&amp;prev=/images%3Fq%3Deinstein%2Bbrain%26um%3D1%26hl%3Dfr%26safe%3Doff%26client%3Dsafari%26sa%3DN%26rls%3Den%26tbs%3Disch:1" target="_blank">Source</a></em></p>
<p>En faisant revivre des espèces disparues, l&#8217;homme résiste à l&#8217;un des mécanismes les plus fondamentaux du vivant, celui de la sélection naturelle. Toute espèce produit un très grand nombre d&#8217;individus, dont une grande partie seront éliminés pour ne laisser survivre que les plus &laquo;&nbsp;aptes&nbsp;&raquo; aux conditions du milieu. Grâce au développement de son cerveau, <em>homo sapiens</em> a surdéveloppé sa capacité à survivre dans des conditions extrêmes, et ainsi multiplié sa population dans des proportions immenses. Va-t-il à présent faire revivre toutes les espèces que la sélection naturelle avait éliminées? Il transformerait alors l&#8217;arbre de l&#8217;évolution, en prolongeant toutes les branches mortes.</p>
<p>L&#8217;irréversibilité fondamentale du temps (l&#8217;impossibilité absolue de revenir en arrière, de modifier le passé ou d&#8217;y retourner, de faire revivre les morts) se trouve remise en question. Il semble que les jours de cette apparente évidence soient comptés.</p>
<p>Après les technologies pour revoir le passé et celles pour le recréer, il s&#8217;agit ensuite de le modifier. Comment transposer le Ctrl+z dans la réalité?</p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/bali.jpg" alt=""/ ><br />
<em>Rite funéraire à Bali. <a href="http://www.geo.fr/photos/vos-reportages-photo/bali-indonesie-cremation/danse" target="_blank">Source</a></em></p>
<p>La lutte contre l&#8217;irréversibilité du temps ne passe plus par la conjuration désespérée des rites religieux et funéraires, la construction de pyramides, ou plus généralement de l&#8217;émergence de la nostalgie comme composante essentielle de la culture humaine. La rareté des moyens de préservation du temps obligeait à des choix. N&#8217;était conservé que l&#8217;essentiel. L&#8217;écriture et la représentation graphique constituaient une première étape crédible vers la conservation du présent, mais la différence entre la chose écrite ou peinte et son sujet restait encore gigantesque, et le temps nécessaire à la reproduction du réel rédhibitoire. Une distance par rapport au réel s&#8217;instaurait automatiquement. La représentation n&#8217;était pas le réel; et de cette distance naissait automatiquement un caractère magique, symbolique, artistique. </p>
<p>Ce n&#8217;est pas sans raison que n&#8217;importe quelle peinture, décor ou texte du passé nous semble &laquo;&nbsp;artistique&nbsp;&raquo;. Cela n&#8217;est pas du à un talent plus grand des artistes du passé, mais simplement au fait de l&#8217;obligatoire distance par rapport à leur sujet dans laquelle ils se trouvaient. Toute production culturelle était artistique. Cela n&#8217;est plus vrai aujourd&#8217;hui, où l&#8217;art ne naît plus de manière automatique. La production artistique ne repose plus sur cette distance: les croûtes du temps présent resteront des croûtes. Mais c&#8217;est un autre sujet.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, la haute définition remplace le symbolique. </p>
<p><a href="http://www.google.fr/images?um=1&#038;hl=fr&#038;safe=off&#038;client=safari&#038;rls=en&#038;tbs=isch%3A1&#038;sa=1&#038;q=peinture&#038;aq=f&#038;aqi=&#038;aql=&#038;oq=&#038;gs_rfai=" target="_blank"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/peinture.png" alt=""/ ></a><br />
<em>Recherche &laquo;&nbsp;peinture&nbsp;&raquo; sur Google images.</em></p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Of Cats and Porn</title>
		<link>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/04/of-cats-and-porn/</link>
		<comments>http://www.nogoland.com/wordpress/2010/04/of-cats-and-porn/#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 13:00:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Stéphane Degoutin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Urbanism begins at home]]></category>

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		<description><![CDATA[<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/04/of-cats-and-porn/"><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/catfu-.jpg"/ ></a>

Jusque récemment, la pornographie consistait à montrer ce qui est caché. Aujourd'hui, le genre se rapproche des vidéos de chatons que l'on trouve en masse sur Youtube.

<a href="http://www.nogoland.com/wordpress/2010/04/of-cats-and-porn/">>> Lire la suite</a>]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>&laquo;&nbsp;The internet has two things. Cat videos and porn.&nbsp;&raquo;<br />
(<a href="http://www.youtube.com/user/ninjabearsinc2" target="_blank">Ninjabearsinc2</a>, <a href="http://www.youtube.com/comment_servlet?all_comments&amp;v=0Bmhjf0rKe8&amp;page=34" target="_blank">commentaire</a> sur la vidéo <a href="http://www.youtube.com/watch?v=0Bmhjf0rKe8" target="_blank">&laquo;&nbsp;Surprised Kitty&nbsp;&raquo;</a>, déc 2009)</p>
<table border="0" width="640">
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<tr>
<td width="315" valign="top">Cet article a été publié dans <a href="http://nogoland.com/semantique-parallele/">Sémantique parallèle</a>.</td>
<td width="10"></td>
<td width="315" valign="top">This paper was published in <a href="http://nogoland.com/semantique-parallele/">Sémantique parallèle</a>. English translation by Sophie Coulier</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/catfu.jpg" alt="" /><br />
<em>&laquo;&nbsp;Catfu&nbsp;&raquo;. Image via <a href="http://jahjahsphinx.blogspot.com/2010/01/yada.html" target="_blank">Jah Jah Sphinx</a></em></p>
<table border="0" width="640">
<tbody>
<tr>
<td width="315" valign="top">Chaque médium fait émerger des sujets qui lui sont propres. Ainsi, le roman permit-il de donner à la description psychologique une ampleur nouvelle, s&#8217;éloignant de la figure traditionnelle du héros pour faire naître celle de l&#8217;individu. Le cinéma quant à lui, par l&#8217;insistance quasi hypnotique sur le visage et le mouvement des corps fit éclater les figures masculines et féminines de la fascination, en premier lieu la femme fatale.La diffusion massive de vidéos sur Internet révèle deux figures emblématiques: les chatons et la pornographie. Cet article pose l&#8217;hypothèse d&#8217;un parallélisme entre elles et recherche le point où les deux figures se touchent. Ce point de contact, à mon sens, est révélateur des nouvelles relations entre espace public et espace privé.</p>
<p>Le chat ne sait pas jouer, le cinéma n&#8217;est pas un médium adapté pour lui. On imagine mal un long métrage sur un chaton (il y a certainement une exception qui confirme la règle). La video Youtube par contre lui est parfaitement adaptée: il suffit d&#8217;être mignon pendant quelques secondes, puis de répéter cet effet avec un nombre infini de chatons. Avec Internet le chat a trouve son médium. Chacun filme son chat, et les plus youtubegéniques deviennent des stars. Une cohérence s&#8217;instaure entre le contexte de tournage et le contexte de diffusion: le chaton est filmé dans l&#8217;intimité des intérieurs domestiques privés, puis diffusé dans des intérieurs domestiques privés.</td>
<td width="10"></td>
<td width="315" valign="top">Each medium brings up its own particular subjects. Thus the novel gave psychological description new scope, straying from the traditional hero figure to create the individual. As for cinema, it brought to light the fascination of men and women figures, the femme fatale in a first instance, by the almost hypnotic insistence on face and body movement.The massive broadcasting of videos on the Internet reveals two emblematic figures: kittens and pornography. This article suggests the hypothesis that they are much alike and seeks to determine what is it that they have in common. This common ground, in my opinion, reveals new relations between public and private space.</p>
<p>The cat does not know how to act, cinema is not a medium adapted to it. One hardly imagines a film about a kitten (there is certainly an exception to confirm this rule). The Yutube video however is perfectly adapted: it only needs to be cute for a few seconds, then repeat the same effect with an infinite number of kittens. With Internet, the cat has found its medium. Everyone films his cat, and the most youtubegenic become instant stars. There is a coherence between filming and broadcasting context: the kitten is filmed in the in the intimacy of private domestic interiors, then broadcast to private domestic interiors.</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="640" height="505" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/lF6IBWTDgnI&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="640" height="505" src="http://www.youtube.com/v/lF6IBWTDgnI&amp;hl=fr_FR&amp;fs=1&amp;" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object><br />
<em>Cory Arcangel &#8211; Arnold Schoenberg, op. 11 &#8211; I &#8211; Cute Kittens</em></p>
<table border="0" width="640">
<tbody>
<tr>
<td width="315" valign="top">L&#8217;idée qu&#8217;il ait existé, à une époque récente, des salles de cinémas pornographiques nous semble aujourd&#8217;hui inconcevable: il y a une inadéquation manifeste entre le dispositif public de projection et le but secret, intime, de cette projection. Avec Internet, le sexe a trouvé son médium. Une cohérence s&#8217;instaure entre le contexte de tournage et le contexte de diffusion: filmée dans l&#8217;intimité des intérieurs domestiques privés, la sexualité est ensuite diffusée dans des intérieurs domestiques privés.Chats et pornographie révèlent l&#8217;animalité, le mouvement des corps extrêmes, l&#8217;immédiat, le physique, l&#8217;animal, l&#8217;altérité: tout ce qui manque encore à la société connectée en réseaux. Chatons idéaux et corps disponibles se multiplient dans une illusion d&#8217;accessibilité immédiate, à la fois rendus présents par l&#8217;image et mis à distance par elle.</p>
<p>Jusque récemment, la pornographie consistait à montrer ce qui est caché.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, le genre se rapproche des vidéos de chatons que l&#8217;on trouve en masse sur Internet. Tournées dans des intérieurs Ikea, les vidéos porno montrent des atmosphères banales, domestiques, quotidiennes. Elles mettent en scène des semi professionnels ou des amateurs, présents à l&#8217;écran avec le même naturel, la même indifférence sur Youporn que les chatons anonymes sur Youtube. Impossible de savoir dans quelle région du globe a été filmé ce chat griffant un fauteuil Boliden, ou cette jeune blonde sodomisée sur un canapé Ektorp. A-t-on jamais reconnu dans la rue l&#8217;auteur de l&#8217;une de ces vidéos de chatons, ou l&#8217;une des jeunes filles ayant fait l&#8217;amour devant une caméra? Ces vidéos parfaitement génériques, tournées n&#8217;importe où dans le monde, regardées partout / n&#8217;importe-où, témoignent de l&#8217;étalement absolu, de la perte définitive de l&#8217;importance de la localisation (à ne pas confondre avec la perte du centre qui, elle, est un mythe).</td>
<td width="10"></td>
<td width="315" valign="top">The idea that pornographic cinema may have existed recently seems inconceivable today: there is a manifest discrepancy between the public projection device and the secret, intimate, aim of this showing. With the Internet, sex has found its medium. Filming and broadcasting context are now coherent: filmed in the intimacy of private domestic interiors, sexuality is then broadcast to private domestic interiors.</p>
<p>Cats and pornography reveal the animal, the movement of extreme bodies, the immediate, the physical, the otherness: all qualities absent in the network connected society. Cutest kittens and available bodies multiply in an illusion of immediate accessibility, made visible by the image and put at distance by it.</p>
<p>Until recently, pornography consisted in showing that which is hidden.</p>
<p>Today, the genre is closer to kitten videos that we find massively on the Internet. Filmed in Ikea interiors, porn videos show trivial, domestic, daily atmospheres. They show semi-professionals or amateurs, present on screen with the same natural air, the same indifference on Youporn as the anonymous kittens on Youtube. Impossible to know where in the world this kitten scratching the Boliden armchair was filmed or where this young blonde was sodomised on the Ektorp sofa. In the street, have we ever recognised the author of one of these kitty videos or one of the girls who had sex in front of the camera? These perfectly generic videos, filmed anywhere in the world, watched everywhere/anywhere, bear witness to the spreading of information, the definite loss of the importance of localisation (not to be confused with the loss of a centre, which is a myth).</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><img src="http://4.bp.blogspot.com/-ua4SMknzu9A/Tj4SrvGdgJI/AAAAAAAAAbE/jnICQhq5Fz8/s1600/fff.jpeg"><br />
<em>Image via <a href="http://jahjahsphinx.blogspot.com/" target="_blank">Jah Jah Sphinx</a></em></p>
<table border="0" width="640">
<tbody>
<tr>
<td width="315" valign="top">Multipliées indéfiniment, les vidéos de Youtube / Youporn génèrent une célébrité indifférente. Rien à voir avec la célébrité des stars du X. Le quart d&#8217;heure de célébrité warholien lui-même est bien loin, réduit aux 17 secondes <a href="http://www.youtube.com/watch?v=0Bmhjf0rKe8" target="_blank"><em>Surprised Kitty</em></a>. Mais ces 17 secondes connaissent un écho gigantesque: recopiées sur des sites miroirs, commentées des centaines de milliers de fois, diffusées partout dans le monde, elles resteront disponibles sur les réseaux sans doute pour l&#8217;éternité.Il ne s&#8217;agit pas ici de célébrité, mais bien de disparition du privé. Tout est public, visible et enregistré: votre chaton comme votre sexualité. Le mouvement est inéluctable, à mesure que l&#8217;on développe des <a href="http://www.arpla.fr/canal12/index.php?/cinema-etendu/cinema-miniature/" target="_blank">caméras miniatures</a>, les proxys, et que les technologies rendent possibles des <a href="http://www.spymobile.biz/">outils d&#8217;espionnage à la portée de tous</a>.</p>
<p>Dans les années 1990, le débat sur la ville était marqué par la question de la disparition de l&#8217;espace public, menacé de toutes part (par sa privatisation, sa surveillance généralisée, sa disparition dans le virtuel…). Les années 2000 quant à elles, avec le développement des réseaux de communication numériques, ont vu émerger la question de la disparition de l&#8217;espace privé. Il est soumis à son tour aux mêmes menaces: privatisation, surveillance généralisée, disparition dans le virtuel.</p>
<p>Se peut-il que disparaissent simultanément, et selon les mêmes processus, l&#8217;espace public ET l&#8217;espace privé, ces deux pôles en équilibre autour desquels s&#8217;organisaient les sociétés modernes? (cf. <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vie_priv%C3%A9e" target="_blank">ici</a> et <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Espace_public" target="_blank">là</a>)</p>
<p>Peut être espace public et espace privé ne se définissent-ils plus en opposition l&#8217;un par rapport à l&#8217;autre, mais tendent-ils à fusionner. Tandis que l&#8217;espace public se privatise, l&#8217;espace privé se &laquo;&nbsp;publicise&nbsp;&raquo;, devenant tellement visible sur les réseaux sociaux qu&#8217;il n&#8217;est plus privé.</p>
<p>Comment imaginer l&#8217;espace résultant de cette fusion entre public et privé?</td>
<td width="10"></td>
<td width="315" valign="top">Indefinitely multiplied, Youtube/Youporn videos generate an indifferent celebrity. Nothing to do with the celebrity of porn stars. The Warholian 15 minutes of fame is far off, reduced to the A7-second <a href="http://www.youtube.com/watch?v=0Bmhjf0rKe8" target="_blank"><em>Surprised Kitty</em></a>. But these 17 seconds have a huge impact: copied on mirror sites, commented on hundreds of millions of times, broadcast everywhere in the world, they stay available on networks, no doubt for eternity.</p>
<p>It is not even a question of celebrity, but the disappearance of privacy. Everything is public, visible and saved: your kitten and your sexuality. The movement is inevitable, as <a href="http://www.arpla.fr/canal12/index.php?/cinema-etendu/cinema-miniature/">miniature cameras</a> and proxies are developed, and as technologies make it easy to <a href="<a href="http://www.spymobile.biz/">outils d&#8217;espionnage à la portée de tous</a>spy on anyone</a>.</p>
<p>In the 1990s, the debate on the city was influenced by the question of disappearing public space, threatened on all sides (by privatisation, its general surveillance, its virtual disappearance…). After the year 2000, there was a development in communication networks which led to the disappearance of private space. It is threatened by the same elements: privatisation, general surveillance, virtual disappearance.</p>
<p>Can it be that both public space AND private space, these two elements that harmonise and organise modern societies, are simultaneously disappearing, because of the same processes?</p>
<p>Perhaps public and private spaces are no longer defined in opposition to each other, but tend to merge. While public space is privatised, private space is &laquo;&nbsp;public-ised&nbsp;&raquo;, becoming so visible on social networks that it is no longer private.</p>
<p>How can we imagine the space resulting from this fusion between public and private?</td>
</tr>
</tbody>
</table>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/public_space.png"/ ><br />
<img src="http://www.nogoland.com/images/wp/data2000/fall/private_space.png"/ ><br />
<em>Public and private space occurrences in english books from 1900 to 2008, according to <a href="http://ngrams.googlelabs.com/graph?content=public+space%2Cprivate+space&#038;year_start=1900&#038;year_end=2008&#038;corpus=0&#038;smoothing=3" target="_blank">Google Books Ngram Viewer</a>.</em></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/jahjahcat.jpg" alt="" /><br />
<em>Image via <a href="http://jahjahsphinx.blogspot.com/2010/01/yada.html" target="_blank">Jah Jah Sphinx</a></em></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/jahcat.jpg" alt="" /><br />
<em>Image via <a href="http://jahjahsphinx.blogspot.com/" target="_blank">Jah Jah Sphinx</a></em></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/jahcat2.jpg" alt="" /><br />
<em>Image via <a href="http://jahjahsphinx.blogspot.com/" target="_blank">Jah Jah Sphinx</a></em></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/jah3.jpg" alt="" /><br />
<em>Image via <a href="http://jahjahsphinx.blogspot.com/" target="_blank">Jah Jah Sphinx</a></em></p>
<p><img src="http://www.nogoland.com/images/wp/kittenwar.png" alt="" /><br />
<em>Le site <a href="http://kittenwar.com/" target="_blank">Kitten War</a> propose aux visiteurs de voter pour le chat le plus mignon, sur le modèle des sites tels que <a href="http://www.hotornot.com/" target="_blank">Hot or not</a>.</em></p>
<p><img src="http://thebestpictureontheinternet.com/T3Zox.jpg" width="640" alt="" /><br />
<a href="http://www.thebestpictureontheinternet.com/" target="_blank">The Best Picture on the Internet</a></p>
<p><img src="http://pleated-jeans.com/wp-content/uploads/2011/09/maslows-hierarchy-of-internet-needs.jpeg" width="640" / ><br />
<a href="http://pleated-jeans.com/2011/09/06/maslows-hierarchy-of-internet-needs/" target="_blank"><em>Source</em></a></p>
<p>Voir aussi <a href="http://www.theatlantic.com/magazine/archive/2012/03/how-your-cat-is-making-you-crazy/8873/?single_page=true" target="_blank">How Your Cat Is Making You Crazy</a> (via <a href="http://hyperbate.fr/" target="_blank">Jean-Noël Lafargue</a>)</p>
]]></content:encoded>
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